Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

16 avril 2012

Inauguration de la stèle du Vert Galant à Wambrechies

Samedi 14 avril, Michelle Demessine participait, à Wambrechies, à l’inauguration de la stèle dédiée aux fusillés du Vert Galant. Après avoir participé financièrement à cet oeuvre par le biais de sa réserve parlementaire, elle est intervenue pour rendre hommage à ces résistants de la Seconde Guerre Mondiale .

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Représentants des Associations de Déportés, Résistants, Anciens Combattants, Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement honorée et touchée d’être ici avec vous pour rendre hommage aux 90 fusillés du fort du Vert Galant à l’occasion des 70 ans de la commémoration de cette innommable barbarie.

Je tiens avant tout à saluer les anciens combattants aujourd’hui regroupés au sein de l’ANACR mais aussi leurs familles et leurs descendants. .Je tiens aussi à saluer ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement mais qui poursuivent inlassablement leur combat contre l’oubli et pour la paix.

Je suis émue d’inaugurer cette stèle, une œuvre superbe d’Ilja Wedekind qui a su exprimer là, avec une grande sensibilité et une grande humanité - grâce à son regard aiguisé, inventif, sans complaisance-, toute la dimension de l’horreur de ce qui s’est passé ici entre 1941 et 1942 et surtout tout le sens de l’indispensable mémoire que nous devons cultiver comme le terreau de notre paix.

Cette œuvre illustre parfaitement ce que nous avons dans nos cœurs et je tiens à remercier l’artiste et son équipe qui se sont investis, corps et âmes, dans ce projet.

L’évènement nous a ainsi donné raison de répondre favorablement à la sollicitation de Monsieur le Maire de Wambrechies -Daniel Janssens que je tiens à remercier-, pour m’avoir permis de contribuer à l’édification de cette stèle. Il y avait un sens profond dans cette démarche qui m’a immédiatement interpellé.

Aussi, avec mon collègue Eric Bocquet, nouvellement élu au Sénat, nous n’avons pas eu l’ombre d’une hésitation pour activer les ressources parlementaires afin que cette colonne trouve sa place dans le fort du Vert Galant.

Dans ce lieu ô combien symbolique qui ne veut pas oublier son histoire, tous ceux, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, épris de justice et de liberté, peuvent venir se souvenir et rendre cet hommage aux suppliciés, des ouvriers qui ont eu le courage, dès juin 40, de se lever contre l’occupant nazi, contre la collaboration imposée par l’extrême droite et le gouvernement de Pétain à Vichy.

Ces hommes, des résistants issus pour nombre d’entre eux du parti communiste, des militants ou des élus locaux destitués à l’automne 1939, comme Joseph Hentgès, maire d’Hellemmes, avaient décidé de s’organiser, partout dans la région, du Valenciennois au Douaisis, de Lens à Béthune, mais aussi de la Sambre où de la région lilloise, en réseaux, dans les entreprises et dans les quartiers, contre les puissantes compagnies minières comme dans les scieries ou le textile… partout pour empêcher autant que possible la machine de guerre allemande de se déployer et de nous broyer.

Ces résistants refusaient de travailler pour l’occupant qui pillait les richesses produites, avec, hélas bien souvent, la complicité d’une partie du patronat de l’époque.

Ils refusaient, en somme, le retour en force de l’exploitation dans les mines, devant les laminoirs et les métiers à tisser face à ceux qui voulaient profiter de la situation pour renforcer la violence de la domination sur la classe ouvrière.

Dans ce combat inégal, ils étaient face à la Feldgendarmerie, à la Gestapo, autant dire qu’ils mesuraient le poids de leur engagement, qu’ils connaissaient le prix à payer.

Mais ils étaient aussi, malheureusement, face à de nombreux chefs de la gendarmerie et de la police française, ne l’oublions pas.

Il fallait beaucoup de courage et d’abnégation, et ils n’en manquaient pas, pour faire face à cette puissante armée d’occupation. Ils étaient généreux et volontaires. Ils voulaient rester des hommes dignes. Ils voulaient que la France reste libre. Ils ont été fusillés ici, fauchés dans leur jeunesse, arrachés à leur famille, pour avoir refusé l’asservissement, uniquement guidés par leur idéal de paix et de liberté.

Ils ont été fusillés ici, dans ce fort isolé, où l’armée allemande pouvait en toute impunité et en toute discrétion exécuter lâchement des hommes et des femmes entravés, attachés au peloton d’exécution.

Je veux saluer les mères, les compagnes, les épouses de ces héros morts pour la France, nous savons tous qu’elles les ont accompagné dans leur engagement, dans leurs combats.

Oui, ils se sont battus avec un désir éperdu de vivre, pour que leurs enfants, leurs familles, leurs compagnons d’usines puissent retrouver leur dignité et vivre libre.

Ils avaient cet espoir, cette certitude chevillée au corps, d’une France libre, juste et généreuse, celle qui écrira le programme du Conseil national de la Résistance avec ces importantes conquêtes sociales inespérées que nous devons protéger encore plus aujourd’hui comme la sécurité sociale, œuvre d’un métallo devenu ministre, Ambroise Croizat. Alors oui, les sacrifiés du fort du Vert Galant se sont battus pour cela, et en cela ils ont gagné leur combat. Nous leur devons tant et nous n’oublierons pas comme nous n’oublierons pas la mémoire du grand résistant Raymond Aubrac disparu, il y a quelques jours à l’âge de 97 ans.

Le 21 octobre dernier, lors d’un entretien croisé avec le secrétaire national des jeunes communistes, parue dans le Journal l’Humanité, il avait voulu passer un message à la jeunesse dont je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques extraits :

« Au moment de l’Occupation, quand on décidait d’entrer en résistance, on prenait des risques. Mais quand on les acceptait, on pensait que cela pourrait servir à quelque chose. On désobéissait en gardant en tête ce sentiment d’utilité. C’était le socle à partir duquel l’engagement était possible.

Ceux qui s’engageaient avaient confiance en eux. Cela reste vrai pour les jeunes de votre génération. Certains ont des conditions de vie très difficiles. Ils pensent qu’ils n’ont pas d’avenir, ils n’ont pas le sentiment que la société les entend. Je leur dis : « Si vous baissez les bras, vous n’avez aucune chance de vous en tirer ». Il y a soixante-dix ans, les jeunes n’ont pas baissé la tête, ils se sont battus et ils ont eu raison. » Et bien cet esprit combattant, cet avenir s’écrit aussi ici puisque ce qui a été, il y a 70 ans, le fort de l’horreur sera désormais un fort et haut lieu de culture et de création. Votre choix, Monsieur le Maire, est aussi un choix de combat, celui de la vie et de l’épanouissement humain que nous espérons tous.

Je vous remercie de votre attention.



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