Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

20 octobre 2016

Avant le démantèlement du camp de Calais : une délégation de sénateurs communistes se rend sur place

Le 10 octobre dernier, des sénateurs communistes se sont rendus à Calais pour une journée de travail autour de la question des migrants. Au programme : échanges et rencontres avec ceux qui vivent, travaillent et agissent sur place.

A un peu plus d’une semaine du démantèlement du camp de migrant de Calais, des sénateurs communistes se sont rendus sur place pour une journée de travail dans la ville des fameux Bourgeois de Calais, des sculptures de Rodin qui trônent sur la place de l’Hôtel de Ville.

La délégation était composée d’Eliane Assassi, Sénatrice de Seine-Saint-Denis et Présidente du Groupe Communiste Républicain et Citoyen, de Pierre Laurent, sénateur de Paris, de Michelle Demessine, sénatrice du Nord, de Dominique Watrin, sénateur du Pas-De-Calais mais aussi de Marie Christine Vergiat, députée européenne. Ils étaient acompagnés des responsables fédéraux du PCF du Nord, du Pas-De-Calais, et des Alpes Maritimes mais aussi d’élus locaux comme Jacky Hénin, ancien maire de Calais et Nicolas Langlois, Premier adjoint au Maire de la ville de Dieppe .

Avant de se rendre au camp de Calais, embourbé en ce jour de pluie, la délégation a rencontré des militants associatifs et des syndicalistes du port et du Tunnel sous la Manche, le Président de la Société des Ports du Détroit ou encore le directeur de La Vie Active, l’association qui gère le centre Jules Ferry par contrat avec l’État.

L’évacuation du camp ne mettra pas fin à l’afflux de migrants

Dresser un tableau de la situation migratoire à Calais et en France, n’est pas chose simple compte tenu de la diversité des responsabilités et des approches.

Si tout le monde s’accorde pour dénoncer les conditions d’existence des migrants dans ce que les locaux dénomment « la lande », la question de l’évacuation interpelle.

Sur la forme bien sûr, puisque l’annonce du chef de l’État qui rompt avec les plans précédents apparaît davantage comme une mesure électoraliste que comme une réelle solution de long terme.

En effet, le démantèlement du camp n’empêchera nullement des milliers de nouveaux réfugiés de venir tant que le passage en Angleterre restera leur objectif. Et on le sait aussi, des milliers d’autres ont déjà quitté le Centre d’Accueil Provisoire et la jungle par peur du « coup de force » pour revenir après. Mais dans quelles conditions catastrophiques après le démantèlement de toutes les infrastructures d’accueil ?

De la même manière, Eliane Assassi a dénoncé la circulaire envoyée par le Ministre de l’Intérieur aux préfets pour qu’ils libèrent de la « place » dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile, y compris en chassant les déboutés.

Le droit d’asile en France

Le cœur de cette journée de travail a donc été de se pencher sur des propositions de long terme, au-delà des annonces. En effet, la question des réfugiés est beaucoup plus large que la seule question du passage en Angleterre, travailler sur la situation des migrants de Calais, c’est aussi et surtout réfléchir sur les causes et les conséquences économiques, sociales, politiques, européennes et internationales qui gravitent autour de cette présence.

Pierre Laurent a aussi rappelé que Calais pose la question de l’absence de politique d’asile dans notre pays, alors que c’est une tradition historique française à faire vivre auprès de ceux qui ont fui des pays ravagés par des guerres civiles que la politique internationale de puissances occidentales comme la France ont engendré en Irak, en Syrie ou en Afghanistan. De même, Eliane Assassi a interpellé le gouvernement le 13 octobre dernier sur la situation de non droit que vivent les mineurs isolés dans la jungle, comme Dominique Watrin l’avait déjà fait par courrier en mars dernier.

Remettre à plat les accords du Touquet avec les autorités britanniques

Mais l’évacuation des réfugiés vers des centres d’accueils ouverts en fait une question nationale, brûlante quand des dirigeants politiques font ouvertement campagne sur le sujet.

Plus que tout, Calais est un problème européen : absence de consensus sur l’accueil des réfugiés, montée des populistes d’extrême-droite et des conservateurs dans toute l’Europe, dumping social entre pays et notamment entre la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe.

Ainsi, la possibilité ouverte de travail au noir en Angleterre fait des côtes anglaises un eldorado bien souvent fantasmé par les migrants et un mirage entretenu par les passeurs. Par ricochet, la formation d’un goulot d’étranglement à Calais et les tensions qu’elle génère impactent l’activité économique du port situé à 300 mètres du camp. Les transporteurs routiers n’en peuvent ainsi plus d’être victimes de la volonté des migrants de monter à bord à tout prix, ce qui leur coûte des amendes de la part des autorités Britanniques, quand ils ne sont pas eux-mêmes traumatisés par des découvertes macabres dans leur camions frigorifiques… Les salariés du port partent au travail la gorge nouée.

Si tout le monde reconnaît la patience des Calaisiens, cette situation ne peut plus durer. L’urgence est donc aujourd’hui de trouver les solutions nécessaires avec les Britanniques pour revoir les Accords du Touquet, permettre l’examen accéléré des demandes d’asile dans les deux pays, accélérer le regroupement familial en Grande-Bretagne des mineurs qui y ont de la famille. Tout cela ne se fera pas en une semaine, ni en un mois.

D’où la nécessité aussi d’organiser au moins de manière temporaire, limitée et contrôlée un accueil digne de ce nom pour toutes les situations qui le justifieraient.

Tant que ces conditions ne seront pas réunies, le démantèlement total du camp de Calais risque de se transformer en nouvelle catastrophe humanitaire.

Dominique Watrin et Michelle Demessine



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