Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

3 avril 2005

Abrogation de l’article 4 tendant à l’apologie du colonialisme

L’article 4 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 stipule que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le caractère positif de la présence française outre mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires, la place éminente à laquelle ils ont droit. »

Cet article 4 doit être supprimé pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, sur un plan formel, il n’est pas souhaitable que le Parlement fixe le contenu des programmes scolaires.

De nombreux enseignants et historiens soulignent avec raison que ces programmes doivent se fonder sur les acquis de la recherche scientifique. De nombreuses associations, dont l’APHG (association des professeurs d’histoire et géographie), ont pris position pour l’abrogation.

La demande proposée par la disposition incriminée tend, au contraire, à élaborer ces programmes en fonction d’objectifs politiques de pure opportunité. Les auteurs rappellent au ministre délégué aux Anciens combattants ses propres écrits : « Prétendre imposer une pensée officielle aux historiens et diffuser une histoire homologuée en classe, serait stupide et n’a jusqu’à présent été réalisé sur notre continent que par des régimes totalitaires. Ni le législateur ni le gouvernement n’ont eu le projet, ni même l’idée. Il appartient aux historiens d’écrire l’histoire et aux enseignants de l’enseigner. » (Le Monde 8 mai 2005).

Ensuite, les auteurs constatent que l’adoption de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 intervient dans un contexte de réhabilitation de ceux qui ont défendu jusqu’au bout par la terreur, la violence et les assassinats, le principe de la colonisation.

Ainsi le 6 juillet 2005 certains nostalgiques ont tenté d’inaugurer un monument dédié « aux fusillés de l’OAS » à Marignane dans les Bouches-du-Rhône. 71 personnes tombèrent sous le coup de cette organisation d’extrême droite en métropole et 399 furent blessées. 2 200 au moins furent assassinées en Algérie. L’un de ses chefs Roger DEGUELDRE fut alors fusillé le 6 juillet 1962. L’émotion et l’intervention de nombreuses personnalités et associations ont amené les pouvoirs publics à annoncer l’interdiction de cette initiative et à la faire respecter.

Enfin, les auteurs estiment choquant lorsque l’on sait quels furent les fondements de la colonisation, c’est-à-dire l’exploitation sans vergogne de ressources minières, végétales et humaines de pays et continents entiers et les conséquences désastreuses de celles-ci, déstructuration des sociétés, maintien, aujourd’hui encore, d’un tutorat politique et économique bridant le développement, d’inscrire dans la loi de notre pays qui se proclame « patrie des droits de l’Homme », le caractère « positif » de la présence française outre-mer.

Les auteurs estiment urgent de rectifier cette loi, susceptible d’être ressentie comme une insulte pour les millions d’hommes et de femmes, leurs descendants, qui ont été victimes de la colonisation.




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