Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

24 janvier 2014

Santé : nous voulons une stratégie régionale pour le Nord-Pas-de-Calais !

Avec mes collègues parlementaires du Front de la Gauche de la région ainsi qu’Eric Corbeaux, président de la Commission Santé du Conseil Régional, et Michel Lefebvre, Vice Président du Conseil Général du Nord en charge de la santé, nous voulons que l’Etat prenne des engagements en faveur d’une stratégie régionale de santé pour le Nord-Pas-de-Calais. Nous avons écrit en ce sens à Marisol Touraine, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales.

Madame la Ministre de la Santé,

A l’heure de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Santé, l’absence de stratégie territoriale pour le Nord-Pas-de-Calais nous inquiète.

Les indicateurs sanitaires désastreux qui caractérisent la région sont à présent connus et reconnus : espérance de vie la plus basse des régions métropolitaines, surmortalité évitable de 70% plus élevée que la moyenne nationale, taux d’équipement sanitaire le plus bas, chute vertigineuse de la démographie médicale…Pour prendre l’exemple de l’arrondissement valenciennois et du Hainaut-Cambrésis, l’Observatoire régional de la Santé fait le constat d’un « état de santé très dégradé au regard de la mortalité nationale ainsi que régionale » tant en matière de cancers que de « maladies de l’appareil circulatoire et surtout de l’appareil respiratoire ». Tout cela sans compter les déficits budgétaires de nos hôpitaux, ni les manques criants de médecins (disparité d’implantation des généralistes, pénurie de spécialistes) et personnels de soins. Cette réalité est encore plus prégnante dans les hôpitaux de proximité qui malgré le soutien régional (scanner) rencontre de réelles difficultés tels les hôpitaux de Fourmies ou de Wattrelos.

Mais cette crise sanitaire n’est pas insurmontable ! Elle appelle à la mise en œuvre d’une stratégie territoriale volontaire, concrète et adaptée aux enjeux spécifiques de la région. Une exigence unanimement partagée et que porte d’ailleurs la délégation régionale de la Fédération hospitalière de France qui revendique un plan d’urgence pour notre région.

C’est d’ailleurs pour cela que nous vous avions proposé dès votre prise de fonction, par un courrier en date du 11/10/ 2012, d’organiser dans les meilleurs délais une réunion de travail sur le devenir de l’offre de soins dans la région réunissant les professionnels, les élus locaux, les parlementaires et les syndicats qui doivent tous pouvoir s’exprimer pour enrichir la réflexion pour l’avenir. Nous regrettons que vous n’ayez jamais donné suite à cette demande et face à des besoins d’une telle résonnance sociale, nous sommes aujourd’hui préoccupés de votre choix de donner en priorité la parole à des experts sur un aspect limité d’un sujet qui aurait nécessité une approche globale, transversale et pragmatique.

Les élus communistes, républicains et citoyens tiennent ainsi par la présente à vous faire part de leurs interrogations, de leurs propositions et de leur disponibilité pour travailler avec vous et avec l’ensemble des parties concernées sur ces enjeux primordiaux pour nos habitants.

D’abord, nous prenons acte de votre engagement à réaliser les travaux des EHPAD de Billy-Montigny et d’Avion en 2014. Cependant, alors que toutes les autorisations nécessaires ont été accordées, ceux-ci sont encore tributaires de la négociation de « nouveaux partenariats » par la CANSSM dont nous ne comprenons ni le pourquoi ni les modalités qui restent à définir au premier semestre 2014. Or ces projets répondent à des besoins urgents. Nous vous demandons pourquoi ils subissent encore ce retard qui pénalise d’abord les populations de ces secteurs ?

Par ailleurs, les centres de santé du régime minier du Nord-Pas-de-Calais, ouverts à toute la population, contribuent à la satisfaction des soins de premiers recours dans des conditions tarifaires respectueuses du droit à la santé pour tous (tiers payant, sans dépassement d’honoraires, pas d’avance de frais….). C’est donc une question d’intérêt général.

Pourtant, alors que leur activité actuelle répond tout juste aux besoins de la population, votre ministère bloque aujourd’hui tout projet d’investissement visant à les rendre plus attractifs, notamment pour les spécialistes, leur préparant ainsi une mort lente et douloureuse lorsque X. Bertrand les condamnait à une mort subite. Pourtant les besoins existent ! Pour ne prendre que l’exemple du centre de santé d’Auchel, condamné à brève échéance, il réalisait en 2011 2700 actes dentaires dont 1200 pour le régime minier et 1500 pour le régime général. En 2013, il n’en reste plus rien.

Nous souhaitons donc que soient actés et réalisés les investissements nécessaires à la valorisation des centres de santé et qu’aucune restructuration ne soit engagée si n’est pas garantie aux populations concernées une offre de santé au moins équivalente, pratiquant le tiers payant et les tarifs opposables. Les décisions prises au niveau de votre Ministère, qui agit dans une logique d’abord comptable, paraissent déconnectées des réalités locales. Nous vous proposons donc de mettre en place des groupes de travail au niveau des villes ou des sous-territoires (avec les maires, les élus, les syndicalistes, le corps médical…) pour anticiper et suivre l’évolution de ces structures tout en réfléchissant aux adaptations nécessaires. Le développement des centres de santé pourrait de surcroît être facteur d’économies pour la Sécurité Sociale. Nous vous rappelons que le Projet Régional de Santé a identifié les retards de soins comme la cause principale des retards sanitaires de notre région. Or malgré le moratoire, cette offre de soins de premier recours n’a cessé d’être affaiblie tandis que les hôpitaux publics et leurs personnels souffrent particulièrement depuis la loi Bachelot (HPST) que vous n’avez pas abrogée.

A l’occasion de votre visite au Centre hospitalier de Lens, les élus communistes vous rappellent aussi leur revendication historique de création d’un véritable CHU sur le territoire de la Gohelle et réaffirment des exigences beaucoup plus fortes que celles inscrites actuellement dans le projet de restructuration en matière de recherche universitaire, de réponse aux besoins.

L’ensemble de ces constats et préoccupations nous conduit aujourd’hui non seulement à vous demander une entrevue qui nous permette de faire le point de ces difficultés et de vous exposer nos propositions pour l’amélioration de la situation sanitaire du Nord Pas de Calais, qu’il s’agisse de sa population, des acteurs des secteurs de santé ou des moyens des établissements, hôpitaux publics en priorité, mais aussi à solliciter votre présence pour une visite du centre de santé d’Auchel, qui vous permettra d’apprécier la situation vécue par les praticiens et les usagers des centres de santé.

Dans l’attente, nous vous prions de recevoir, Madame la Ministre, l’assurance de notre haute considération.

Michelle DEMESSINE, sénatrice du Nord Dominique WATRIN, sénateur du Pas-de-Calais Marc DOLEZ, député du Nord, Éric BOCQUET, sénateur du Nord,Jean-Jacques CANDELIER, député du Nord, Éric CORBEAUX,Président de la Commission Santé du Conseil Régional, Michel LEFEBVRE, Vice-Président à la santé du Conseil Général du Nord.



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