Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

4 avril 2005

Pour une école de l’égalité, de la justice et de la réussite scolaire de tous les jeunes

L’école est une préoccupation majeure des citoyens. L’absence d’un vrai débat rend d’autant plus nécessaire la proposition d’une véritable alternative pour l’école. Si depuis soixante, l’évolution des besoins sociaux et les luttes du mouvement démocratique ont permis à l’école de réaliser des progrès spectaculaires. Dans le même temps, les inégalités persistent, voire tendent à s’aggraver.

Depuis plus de dix ans, la proportion des jeunes quittant chaque année le système éducatif sans qualification - près de 20 %, soit environ 150 000 par an - ne diminue plus et la proportion de ceux qui atteignent le niveau d’un baccalauréat stagne, voire régresse.

Près de 68 % des jeunes orientés en fin de troisième vers un second cycle professionnel - presque toujours sur la base de l’échec scolaire - sont issus des milieux les plus populaires.

Les inégalités - qui ne cessent aujourd’hui de s’aggraver sous les effets des politiques mises en oeuvre à l’échelle nationale et européenne - sont toujours la cause fondamentale d’une véritable fracture dans l’accès à la connaissance.

N’ayant en réalité aucune volonté de s’attaquer aux racines mêmes des difficultés rencontrées par les élèves dans les apprentissages, les gouvernements successifs multiplient depuis des décennies les « réformes » destinées à mieux gérer les flux d’élèves à moindre coût, c’est-à-dire en fait à débarrasser un système éducatif chargé de perpétuer sa fonction traditionnelle de « tri social » de la charge sociopolitique que constitue en son sein la présence massive d’enfants issus des milieux populaires et leur ambition de réussite scolaire.

Dans les conditions de la crise sociale qui se poursuit aujourd’hui, se traduisant notamment par un chômage de masse et une paupérisation de pans de plus en plus larges de la population, les effets de cette situation sont dramatiques pour une grande part de la jeunesse, condamnée à la galère de la précarité et du manque de perspectives, pour l’école et ses personnels de plus en plus enfermés dans leur crise d’efficacité, pour la société toute entière qui ne trouve plus en son sein toutes les ressources nécessaires à son propre développement économique et social.

Oui, notre école est en crise car elle souffre d’une « démocratisation grippée » qui entrave ses évolutions nécessaires. Mais cette situation introduit du coup des éléments de blocage dans le fonctionnement de la société, agissant en retour sur les capacités de l’école elle même à évoluer.

L’enjeu essentiel pour l’école est donc bien celui de l’éradication de l’échec scolaire.

Humainement et socialement insupportable, persistant à tous les niveaux du système éducatif - à commencer par l’école maternelle.

Il est nécessaire pour cela de s’attaquer tout à la fois aux structures mêmes du système éducatif et à ses modes de fonctionnement, aux contenus et formes des enseignements dispensés, à la formation des personnels qui ont en charge ses missions.

Mais rien ne se fera sans l’implication active des premiers intéressés :

  • Personnels, en particulier enseignants au premières loges de l’échec et de la démotivation des jeunes ;
  • Parents - y compris et surtout ceux des milieux populaires pour qui l’école représente l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants ;
  • Élèves eux-mêmes, premières victimes d’un système qui fait de moins en moins sens à leurs yeux.


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