Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

2 juillet 2015

Le droit à la retraite bafoué dans le Nord-Pas-de-Calais

Pendant plusieurs mois des dizaines de milliers de retraités de ma région n’ont pas touché leur pension de retraites pour cause de dysfonctionnements graves à la Carsat Nord Picardie, l’organisme de gestion des retraites. Cela peut paraître impensable tant la retraite semble être un droit immuable et une évidence comme celle que le soleil va se lever chaque matin.

Et pourtant cette situation, nous l’avons vécue, dans ma région qui souffre déjà de tant d’injustices. La faute à l’austérité avec la suppression de 211 postes en deux ans à la Carsat Nord-Picardie mais aussi à la mise en place d’un système de retraite qui marche sur la tête en imposant des contrôles drastiques et absurdes sur les dossiers des retraités.

Quand la politique recule, la technocratie instaure le pire : des ordinateurs dans les agences plutôt qu’un accueil physique des retraités, un numéro de téléphone avec personne au bout du fil et des dossiers recontrôlés pour une simple erreur d’orthographe sur un prénom ou une mauvaise évaluation des pensions à un euro près.

Voilà que ma génération, celle du baby-boom, après s’être toujours battue pour arracher ses droits, devait à nouveau se mobiliser pour simplement toucher son du.

J’ai alors notamment pensé à toutes ses femmes avec qui nous furent les premières à devoir concilier vie professionnelle et vie familiale, autant dire à devoir mener de front deux vies, souvent harassantes.

La retraite, même si son montant est souvent insuffisant pour les femmes, devrait être pour elles, mais aussi pour tous les salariés, un moment de joie, un nouveau départ mais pour beaucoup, démunis de revenu, ce fut un cauchemar : retards de paiement de l’électricité, des loyers, expulsions locatives ou encore interdictions bancaires.

J’ai alors mis toute mon énergie et mon expérience politique, tant celles du terrain que des institutions, pour que ce calvaire s’arrête.

Après avoir reçu les syndicats de salariés de la Carsat qui sont le secondes victimes de ces dysfonctionnements pour leurs conditions de travail déplorables et leur frustration de ne pas être en mesure de venir en aide aux retraités, je me suis rendue à l’Elysée, en décembre dernier, à quelques jours de Noël, pour un entretien qui a connu un certain retentissement médiatique.

Avec les associations caritatives qui m’accompagnaient, nous avons porté deux exigences :

  • une avance de 800 euros pour chaque mois de retard pour les retraités
  • l’arrêt des contrôles aberrant sur les dossiers.

Sous la pression médiatique, la première exigence a été annoncée dix minutes après notre sortie du rendez-vous ! Même si appliquée partiellement par la suite…

La seconde exigence a pris 6 mois pour être entendue par ses mots de Marisol Touraine : « Concrètement, dès la rentrée prochaine, tout dossier complet de retraite, déposé quatre mois avant la date prévue de départ à la retraite permettra de verser automatiquement le montant rapidement estimé de la retraite afin d’éviter des situations où les retraités se retrouvent sans aucune ressource ».

Preuve en est que les droits, quels qu’ils soient, ne sont jamais des évidences pour tout le monde et que « seuls les combats perdus d’avance sont ceux que l’on ne mène pas ».



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