Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

22 octobre 2007

Mais qui était Guy Môquet ?

La dernière lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet, prisonnier puis fusillé par les nazis le 22 octobre 1941, sera lue au début de chaque année scolaire dans tous les lycées de France. Initiative d’un président de la République soucieux d’effacer son image d’homme de division après avoir été le chantre de « l’immigration choisie », de « l’identité nationale » ou plus récemment des tests ADN.


Si l’on peut s’en féliciter, il faut aussi souhaiter que le parcours du jeune résistant soit expliqué par les enseignants. Car le combat politique dans lequel s’inscrivait Guy Môquet est gommé dans le discours du président de la République, au profit de l’exaltation de la seule « fierté de la France » qui aurait guidé, selon lui, le jeune résistant. Oublié, la lutte antifasciste, l’internationalisme, l’idéal d’émancipation humaine, d’égalité, de démocratie, qui l’animaient.

Mais peu importe les éventuelles arrières-pensées douteuses, il est important que la nation rende hommage aux jeunes qui résistèrent, dès les premiers jours, à l’occupation nazie et à la collaboration. Leurs combats, leurs idéaux ne doivent pas être oubliés pour comprendre les défis de notre société d’aujourd’hui et construire demain.

De la libération aux acquis du Conseil National de la Résistance, ils nous laissent un héritage dont nous sommes les gardiens.


Journée Guy Môquet au lycée Baggio
Lille le 22 octobre 2007

Alors, pour que l’on célèbre Guy Môquet dans la dignité, pour respecter son combat sans le dénaturer, parce que pour comprendre Guy Môquet, il est impossible dissocier en lui le « Patriote » du « Communiste »,

Parce que Résister se conjugue toujours au présent, le 22 octobre, j’ai décidé d’aller lire la Lettre au Lycée Baggio de Lille, qui fut occupé par les allemands pendant la second guerre mondiale, en compagnie de Michel Defrance F.F.I. - F.T.P.F. Secrétaire général de l’ANACR du Nord (Association Nationale des Ami(e)s de la Résistance)

D’autre part pour mieux comprendre le personnage et la période, j’ai organisé le 18 octobre dernier à l’auberge de la Maison Folie de Wazemmes, une rencontre autour du livre « Guy Môquet : J’aurais voulu vivre… » de l’Historien MICHEL ETIEVENT et de l’exposition de l’Amicale de Châteaubriant.


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Michelle Demessine :

"Guy Môquet est tout l’inverse de M. Sarkozy ! S’il était vivant aujourd’hui, il lutterait contre sa politique. Il nous revenait donc de rétablir la vérité, de montrer qui était vraiment Guy Môquet"

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Michel Etievent :

"Le Monde de Guy Môquet, ce n’est pas celui de Bolloré, des yachts et des délits d’initiés. Guy Môquet a été exécuté parce que le ministre de l’intérieure de l’époque , Pierre Pucheu, a fait passer une loi en 1941 qui précise que les otages à prendre en priorité sont les communistes"

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Plus de 80 personnes, dont l’ancienne résistante Yvonnes Abbas ont participé à la rencontre et engagé un débat sur le devoir de mémoire
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Mais qui était Guy Môquet ?

Guy Môquet était le fils d’un cheminot, député communiste du 17ème arrondissement de Paris, Prosper Môquet. Le parti communiste ayant été dissous par Edouard Daladier en septembre 1939, Prosper Môquet est arrêté le 10 octobre 1939, déchu de son mandat de député en février 1940 et plus tard déporté dans l’un des camps de concentration français en Algérie.

Militant des jeunesses communistes, Guy Môquet est arrêté à 16 ans, le 13 octobre 1940, par des policiers français qui recherchaient les militants communistes. Battu, pour qu’il révèle les noms des amis de son père, il est transféré au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique).

Avant d’être fusillée, le 22 octobre 1941, il avait écrit une lettre à ses parents :

« … je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose… ».

« Les copains qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui vont mourir »


Film « officiel » sur Guy Moquet
projeté le 22 octobre 2007

LE 22 OCTOBRE 1941
dans le Camp d’internement de Châteaubriant

22 octobre 1941 : Un mercredi. C’est jour de marché à Châteaubriant La guerre dure depuis déjà deux ans mais la foule se presse autour des étals, autant pour se retrouver que pour acheter . Il fait très beau ce matin

22 octobre 1941 : les militaires allemands prennent position aux carrefours de la route de Fercé et de la route de Vitré. Le passage à niveau auprès du château est bouclé. Il se passe quelque chose

22 octobre 1941 : trois camions bâchés traversent la ville. Des hommes chantent La Marseillaise avec fierté A trois kilomètres de la ville se trouve une carrière de sable. Neuf poteaux de bois y sont dressés. Les fermiers tout proches sont enfermés chez eux. Ils verront les événements par les interstices de la fenêtre de la cuisine

22 octobre 1941 : 13 h 30, au Camp de Prisonniers de Choisel les nazis ont disposé un fusil mitrailleur au centre du camp. Ils vont de baraque en baraque : ici Guy MOQUET 17 ans, là Etienne LALET 59 ans, plus loin André TENINE, Maurice GARDETTE et d’autres

22 octobre 1941 : les 27 Otages sont enfermés dans la baraque 6. Il est 14 heures. Une feuille de papier, une enveloppe, le temps d’écrire un mot à leur famille. Ces hommes vont mourir parce que les nazis ont donné l’ordre d’exécuter 50 Orages en représailles contre l’exécution, deux jours auparavant, du lieutenant-colonel colonel HOLTZ par un jeune Résistant, à Nantes.

22 octobre 1941 : à 14 h 50, neuf par camion, les hommes chantent la Marseillaise et l’Internationale. Et le Chant du départ. Tremblez ennemis de la France ; Rois ivres de sang et d’orgueil .....

15 h15 : les internés du Camp de Choisel chantent une dernière fois avec ceux qui partent à la mort 15 h 25 : le sinistre convoi traverse Châteaubriant. Un silence lourd plane sur la ville. Des hommes serrent les poings. Des femmes se signent. Les Otages ne cessent de chanter 15 h 40, la Sablière. Neuf poteaux de bois devant un rideau de genêts et d’ajoncs. 90 hommes sont là, en peloton d’exécution.

15 h 55 - 16 h - 16 h 10...

Trois salves.
En 15 minutes le crime a été commis.

Les Otages sont morts debout criant “ Vive la France ” , “ Vive le Parti Communiste ” , “ Vive le Parti Communiste allemand ” , “ A bas Hitler ! ” Au Camp de Choisel les prisonniers ont entendu les salves. Une minute de silence est observée par 700 hommes et femmes, le cœur lourd de souffrance.

16 h 30, les camions portant les corps des suppliciés, jetés en vrac, remontent vers le château. Au passage à niveau : un train . Les camions attendent. Sur la route le bitume restera taché de sang

17 h : les 27 corps sont déposés au château, sous la Salle des Gardes. Des soldats allemands veillent toute la nuit pour que nul n’approche. Dans le ciel coassent les corbeaux du vieux Donjon. Triste chant funèbre

Au Camp de Choisel, lors de l’appel du soir, le bureau a oublié de rayer le nom des 27 fusillés. A l’appel de leur nom, un ami répond “ Mort pour la France ” . Vingt-sept fois

Le même jour à Nantes, au Champ de Tir du Bêle, 16 autres patriotes sont exécutés par les nazis. Et 5 autres encore au Mont-Valérien à Paris. Le lendemain 50 otages seront à leur tour fusillés à Souges, près de Bordeaux.


POUR EN SAVOIR PLUS
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