Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

7 décembre 2012

L’industrie a fait la richesse de notre Région, elle fera son avenir. Discours de Fabien Roussel, secrétaire du PCF Nord.

Intervention de Fabien Roussel 24 novembre 2012 – Lille Grand Palais Rencontre nationale sur l’avenir de l’industrie

Au nom des fédérations PCF du Nord et du Pas de Calais, Hervé Poly et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à Lille pour cette rencontre nationale sur l’avenir de l’industrie.

Permettez-moi d’abord, en votre nom, d’avoir une pensée pour ces pays où la guerre domine, où les enfants vivent dans la terreur et la crainte : en Syrie, au Mali, en Palestine et en Israël et dans de trop nombreux pays. Le 21ème siècle doit devenir celui de la Paix partout dans le monde. Comment imaginer des coopérations et des échanges commerciaux dans un monde qui règle encore ses conflits par les armes ? En tout cas, en voilà une d’industrie qui mérite d’être reconvertie !

Bienvenue dans le Nord Pas de Calais et à Lille au programme culturel chargé avec LILLE 3000 placé sous le thème du fantastique. Nous aurions pu intituler cet après-midi « L’industrie, c’est fantastique » !

Mais je préfère rappeler le thème de notre campagne pour les élections régionales en 2010 : «  L’industrie a fait la richesse de notre Région, elle fera son avenir » Deux ans ont passé ; la reconstruction de l’industrie française semble être devenue, du moins en paroles, une priorité largement partagée. Enfin ! Tant mieux ! En tous cas, le choix des communistes d’en débattre à Lille aujourd’hui n’en a que plus de portée. C’est reconnaître au Nord Pas de Calais sa place dans l’histoire industrielle de notre pays et le signe que la région est incontournable pour réussir la nécessaire ré-industrialisation de la France.

Elle est légitime par son histoire et incontournable pour ses atouts. Nous sommes une région

  • Très jeune : 35% de la population a moins de 25 ans
  • Peuplée : 4.5 millions d’habitants réputés travailleurs
  • Le Nord Pas de Calais, c’est aussi un plat pays, avec son littoral, ses 3 ports et donc tous les atouts pour développer le trafic maritime, le transport fluvial et le fret ferroviaire
  • C’est une région toujours active : 4ème région industrielle de France, 2ème pour l’automobile, 5ème pour le numérique. C’est la 1ère région de France pour la construction ferroviaire et parmi les plus importantes en Europe.
  • Fertile : 1ère région pour l’exportation dans l’agroalimentaire et 3ème région productrice de légumes en France
  • Universitaire : 145.000 étudiants ; 5.000 chercheurs ; 7 pôles de compétitivité, une quinzaine de pôles d’excellence régionaux.

Des bras, des têtes, de l’expérience, une ambition… Oui la région peut être une pièce maîtresse de la future turbine industrielle de la France

Mais il faut d’abord se relever du gâchis industriel et du désastre humain provoqués par un capitalisme dévorant, par des Traité européens qui ont donné tous les pouvoirs aux marchés financiers, en réduisant l’être humain à une variable d’ajustement de leurs profits. En 30 ans, notre pays a perdu le tiers de son appareil productif.

Dans notre région, cela s’est traduit d’abord par l’abandon des mines, de la sidérurgie et de la filière textile-habillement. Puis, tous les secteurs ont été touchés avec la fermeture de grosses unités : STEIN INDUSTRIE, ALTADIS, METALEUROP, SAMSONITE, TOTAL, LA DENTELLE DE CALAIS, LA LAINIERE DE ROUBAIX…

Ces noms résonnent encore dans notre région comme autant de symboles d’entreprises sacrifiées au nom de la rentabilité et d’un système économique entièrement financiarisé. Ici comme ailleurs, la loi de l’argent, l’Europe de la Finance ont conduit de nombreux groupes à délocaliser leurs activités. Les actionnaires se sont enrichis. Les salariés de l’industrie n’ont pas retrouvé du travail dans le tertiaire. La région a perdu des savoir-faire.

Bilan de cette politique de renoncement industriel : un taux de chômage de 13,1 %, 3 points au-dessus de la moyenne nationale, 350 000 chômeurs enregistrés à Pôle Emploi en septembre 2012, c’est 100 000 de plus qu’en 2008, date du début de la crise ! Soit 25 000 par an !

La crise financière est responsable de cette aggravation, mais elle n’explique pas tout.

La concurrence libre et non faussée, l’Europe de MAASTRICHT, l’abandon de l’industrie au profit de la soit disant « turbine tertiaire » chère à Pierre MAUROY ont fait disparaître dans le Nord Pas Calais 60 000 emplois industriels entre1995 et 2008, bien avant la crise financière.

C’est donc bien un problème de fond qui est posé. Le capitalisme, l’utilisation de l’argent, la place de l’être humain dans la société : C’est le cœur du sujet.

D’ailleurs le débat est ouvert dans tous les milieux : André Compte-Sponville, éditorialiste au magazine Challenges, y va de sa plume : « L’un des problèmes majeur de notre temps est l’autonomisation croissante d’une économie exclusivement financière, qui ne crée pas de richesses réelles (des marchandises) mais qui veut faire de l’argent avec de l’argent, voir avec de la dette ! Alors que c’est le travail qui crée de la richesse ! »

Oui, comme lui et comme dans les milieux patronaux, à droite comme à gauche, on s’interroge car cette crise signe le bilan de dizaines d’années de fuite en avant, d’une mondialisation effrénée qui a enrichi une minorité et appauvri ceux qui créent les richesses : les travailleurs. La Droite, au pouvoir pendant 10 ans porte une lourde responsabilité en ayant aggravé cette dérive.

Alors oui, cette journée nous inscrit pleinement dans ce débat, pour pointer les contradictions, donner de l’espoir ! Une bonne partie du monde syndical, des économistes, des chercheurs, y compris des entrepreneurs mènent un nouveau combat pour l’industrie et s’interrogent.

S’agit–il d’inventer un capitalisme plus modéré, moralisé ? Comme le dit mon camarade Hervé, c’est comme si on demandait à un lion de devenir végétarien !

Ou doit-on inventer un autre modèle de développement en imaginant une industrie moderne, humaine et respectueuse de la planète ?

C’est ce chantier que nous avons ouvert lors des dernières échéances électorales avec la planification écologique ! Nous le savons, redresser la barre après 30 ans de déroute, sera long et le défi n’est pas seulement économique. Car cela passe par un engagement de toute la société.

Mais maintenant que beaucoup de monde se préoccupe de l’industrie, c’est l’occasion ou jamais ! Ce travail est exaltant et plein d’espoirs.

Mais permettez-nous de profiter que cette rencontre se tienne à Lille pour rappeler qu’il y a des urgences à traiter dès maintenant.

Il y a urgence car des milliers d’emplois sont encore et toujours menacés aujourd’hui. Dans notre région, on dénombre 800 licenciements économiques par mois. Les menaces sont réelles à VISTEON, DURISOTTI, DOUX, MSI, LA CENTRALE D’HORNAING, GREEN SOFA….

L’inquiétude grandit à Arcelor Dunkerque après la prolongation de l’arrêt du haut fourneau numéro 2.

Elle grandit aussi chez les salariés de Renault Douai qui voient grandir l’usine de Tanger et les investissements du groupe à l’étranger en échange de flexibilité.

D’ailleurs, dans le cadre du pacte de compétitivité le gouvernement a promis 20 milliards d’euros aux entreprises pour baisser leurs impôts. Ce cadeau qui s’ajoute aux 30 milliards d’euros d’exonérations de charges en vigueur, lèvera-t-il toutes ces menaces ? Empêchera-t-il les fermetures annoncées ?

Ici, nous n’y croyons pas. C’est même un nouveau holdup up sur le dos et dans les poches des français qui vont payer, par la hausse de la TVA, ce bonus supplémentaires aux grandes multinationales.

Sincèrement, les 20 familles les plus riches de la région, les Mulliez, Roquette, Lesaffre, Durand, Bonduelle, Verspieren… qui totalisent déjà un patrimoine de plus de 30 milliards d’euros à elles seules, ont-elles besoin de cette aide supplémentaire ? On va encore leur baisser leurs impôts à eux ? sans engagements ?

Nous préférons leur tendre la main en les appelants à être solidaire dans cette période difficile : Ne pourraient-elles pas participer à un fond d’aide aux PME et aux TPE régionales ? 3% de leur fortune permettrait de réunir un 1 milliard qui aiderait nos 175 000 petites entreprises régionales à investir et embaucher.

Il faut sortir du débat sur le coût du travail. Ce n’est pas le fond du problème. Les implantations de Toyota et GSK chez nous en sont de parfaits exemples : TOYOTA est arrivée il y a 10 ans, alors que les 35h se mettaient en place. ! Cela ne l’a pas gêné. Et le groupe japonais continue d’investir à Valenciennes pour porter sa production de 800 000 véhicules à 1 million par an.

En 2006, c’est le géant pharmaceutique GSK qui a préféré investir en France plutôt qu’à Singapour ou en Hongrie en investissant 500 millions d’euros à Saint Amand les Eaux et en créant 600 emplois.

Alors sortons de cette logique ! Sortons des politiques d’austérité pour les français comme pour les collectivités ! Il est urgent que la politique reprenne la main sur l’économique car ce sont eux, les financiers, les décideurs qui nous ont envoyés dans le mur ! Et c’est aussi en s’appuyant sur la consommation des français et les investissements des collectivités que nous pourrons redresser la France

Un mot en direction de la jeunesse ! Quel avenir pour celles et ceux qui étudient dans les collèges et les lycées aujourd’hui ? Ceux qui vont travailler dans la France industrielle de demain, dans 5 ans, dans 10 ans, c’est maintenant que l’on doit les former ! Comment le gouvernement peut-il appeler à restaurer son industrie, sans investir rapidement dans l’éducation et la formation ?

Les filières techniques disparaissent, les unes après les autres ! Les machines sont retirées des établissements techniques ! Ce sont les professeurs qui le disent. Et les employeurs, eux se plaignent de ne pas trouver de jeunes formés dans les métiers industriels ! Mais formons-les, donnons envie à ces jeunes d’y travailler ! et payons-les décemment, comme ils doivent l’être.

A ce titre, la politique des bas salaires n’a rien d’aguichant ! Il y a même des scandales qui devraient faire l’objet d’enquête parlementaire :

A CAMAIEU, c’est le RSA qui sert de complément de salaire quand le niveau de vie est trop bas dans le foyer, exonérant ainsi le patron – c’est encore MULLIEZ – d’augmenter les salaires ! Ainsi, un salarié avec 18 ans d’ancienneté touche 1 180 euros de salaire et 296 euros de RSA : résultat c’est l’Etat qui paye à la place d’un groupe qui a versé 48 millions de dividendes à ses actionnaires en 2011 !!

Au contraire de ces gâchis d’argent publique et de vie humaine, nous avons besoin rapidement de vraies formations, débouchant sur des métiers pour ensuite travailler dans de bonnes conditions, avec des salaires décents et des retraites anticipés pour les travaux pénibles ! Germinal et Zola, c’est fini Mme PARISOT. Il faut tourner la page et s’inscrire dans le 21ème siècle. Une France sans industrie, c’est une France sans avenir ! Et dans notre région, nous avons de nombreux atouts pour construire cet avenir.

Le Nord pas de Calais occupe une place stratégique au cœur de l’Europe avec 78 millions d’habitants dans un rayon de 300 km. Imaginer une industrie moderne, c’est aussi penser à un mode de transport des marchandises qui soit économique et non polluant.

C’est pourquoi nous avons besoin du CANAL SEINE NORD, mais aussi des nombreuses gares de fret ferroviaire que la SNCF abandonne aujourd’hui à SOMAIN, DUNKERQUE, LILLE, AULNOYE AYMERIE.

Au contraire, il faut développer ces gares pour retirer les camions des routes et pour que notre région ne soit pas une zone de passage des péniches vers ANVERS et ZEEBRUGES mais pour que les entreprises reviennent s’installer ici et bénéficient d’un formidable réseau fluvial et ferré nous permettant de travailler avec les ports français et européens !

Restons toujours dans le Nord Pas de Calais et imaginons un autre modèle de développement, préservant les ressources naturelles.

Les idées ne manquent pas :

Comme ces 25 propositions du rapport d’Alain BOCQUET sur l’avenir de l’Industrie ferroviaire. Adoptées en 2011 par l’ensemble des députés de gauche comme de droite, qu’attend-t-on pour les mettre en œuvre aujourd’hui ?

Il y a aussi cette proposition des syndicalistes de la chimie et de TOTAL qui proposent le développement d’une filière hydrogène à Dunkerque et de développer, avec la filière automobile, le moteur à hydrogène moteur d’avenir déjà à l’essai en Allemagne.

Pourquoi ne pas développer la filière chanvre pour fabriquer du papier comme le proposent les salariés de Stora Enzo à Corbehem.

Réapproprions nous le gaz de Houille, gaz propre enfermé dans les veines du Bassin Minier les mineurs de la région ont creusées. Le gaz qui y est enfermé est aujourd’hui exploité par une société privée qui le revend à TOTAL sans aucun bénéfice pour ce territoire et sa population qui a tant donné à la France !

Enfin, il y a toutes ces luttes que nous soutenons car les salariés sont les meilleurs défenseurs de leur outil de travail, comme ceux de Doux avec les élus qui proposent un plan de relance de l’activité ici à Graincourt. Imaginez que cette usine qui traite 50 000 poulets par jour pourrait fermer alors que 40 % de la volaille consommée dans les écoles, les hôpitaux et les maisons de retraite de la région est aujourd’hui importée !

Et c’est en direction de ce type de projet que l’argent public doit être réservé !

Au lieu de céder aux sirènes des agences de notation, pourquoi n’inventons nous pas notre propre agence de notation sociale et environnementale qui conditionneraient les aides publiques aux entreprises en fonction de leurs engagements pour l’emploi, les salaires et la protection de l’environnement ?

Voilà, avec ces quelques exemples notre modeste contribution en ouverture à ces travaux. Ils illustrent ce que nous pouvons faire dans notre région pour relancer l’industrie, conserver des savoir-faire, recréer des emplois, mais plus encore, retrouver une dynamique, une ambition pour le Nord Pas de Calais !

Vous pourrez compter sur les propositions des 7 parlementaires communistes et PG régionaux, Jacky HENIN, Alain BOCQUET, Jean Jacques CANDELIER et Marc DOLEZ, Michelle DEMESSINE, Eric BOCQUET Dominique WATRIN.

La loi anti licenciement boursier, celle pour des droits nouveaux pour les salariés, le rapport sur l’évasion fiscale, l’amiante, l’avenir de la sidérurgie, de l’automobile voilà autant de sujets sur lesquels ils interviennent régulièrement à BRUXELLES et à PARIS.

Avec eux, avec les élus communistes et Front de Gauche, avec vous et avec tous les acteurs de la région, responsables syndicaux, élus, chercheurs, entrepreneurs construisons ensemble, ce grand projet pour le Nord Pas de Calais et ses habitants.

Préparons, nous aussi notre congrès sur ce sujet.

Faisons la démonstration que nous pouvons redevenir une grande région industrielle, utile à son pays, utile à sa population et fière de l’être !

Mon cher Pierre,

Le Parti Communiste Français prend une belle initiative aujourd’hui.

Il n’y a pas de plus belles missions que celles de construire une société nouvelle qui place l’Homme et son bonheur au centre de tous ses choix !

Alors allons y, avec confiance !



— > http://nord.pcf.fr/



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