Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

4 juin 2012

Intervention lors de la marche « Emilienne Mopty »

Dimanche 3 mars, 6000 personnes s’étaient réunies pour une marche en hommage à la résistante communiste Emilienne Mopty dans le cadre des candidature aux législatives dans les 3ème et 11ème circonscription du Pas de Calais de Jean Luc Mélenchon et Bruno Troni

Chers Amis, Chers Camarades,

Beaucoup d’émotion, de gravité dans notre marche en souvenir, en hommage à la grève des mineurs de mai-juin 1941 marquée le 4 juin par la marche héroïque des femmes de mineurs, ces héroïnes anonymes de l’histoire symbolisée par Emilienne Mopty, femme de mineur, résistante communiste, qui a payé de sa vie pour notre liberté.

Se rappeler en cette date anniversaire, cette période sombre mais glorieuse de notre histoire témoigne avec force « que se sont les peuples qui font l’ Histoire. »

Auguste Coppin dans son livre « l’Aurore se lève au pays noir » qualifie de « trainée de poudre » l’émouvant récit de cette manifestation de 2000 femmes.

Ce qu’il en retiendra, je le cite : « malgré la protection de leurs automitrailleuses, de leurs tanks, les nazis ont la sensation d’être débordé pour la courageuse population minière qui leur fait front de toute part pour la courageuse population minière qui leur fait front de toute part.

Le sol tremble sous leurs pas. Ils commencent à se convaincre qu’il ne leur suffit pas de gagner des batailles-éclairs pour soumettre à jamais les peuples des pays conquis ».

Nous sommes ici tous ensemble dans cette région, berceau de la classe ouvrière, de la lutte des travailleurs et de son organisation.

Ce sont les grèves dans ce bassin minier qui ont servi à Emile Zola pour écrire Germinal.

C’est ici que furent signés, il y a 120 ans, les premières conventions collectives.

Oui, avant tous les autres, en 1891, les mineurs ont réussi à imposer aux puissantes compagnies minières les premières conventions collectives.

Rappelons-nous aussi qu’aujourd’hui encore, d’anciens mineurs se battent parce qu’en 1948, ils ont été scandaleusement révoqués pour fait de grève. Près de 70 ans après, ils réclament toujours leur rétablissement. Le gouvernement Sarkozy avait fait appel de la décision qui les réhabilite. Qu’en sera-t-il du gouvernement d’aujourd’hui ?

Chers amis, chers camarades,

Nous sommes aujourd’hui rassemblés pour célébrer la grande grève de juin 1941 : 100 000 mineurs en grève contre les compagnies minières et les collaborateurs de Vichy.

Et qui diffusa les mots d’ordre ? Qui poussa les plus fragiles à refuser de travailler ? Qui appela les hommes à ne pas descendre à la mine ?

Oui, chers amis et camarades, ce sont les femmes, vos mères, vos grands-mères et peut être vos arrière-grands-mères.

Oui, tous les matins, des femmes sortent de chez elles pour rejoindre les piquets de grève, pour appeler les hommes à ne pas aller travailler.

Pendant les journées des 3 et 4 juin, des petits papillons blancs furent glissés sous les portes, des fenêtres s’entrebâillèrent avec un seul mot d’ordre : demain, manifestation !

Mais que réclamaient ces femmes ?

De quoi se nourrir, du savon pour se laver, le refus de l’augmentation du temps de travail : les femmes avaient décidé d’être les porte-parole de ces revendications, de cette colère.

Le 4 juin 1941 à 15 heures, parties de la mairie de Harnes, elles sont 300 à défiler, sans drapeau, ni banderoles, ni pancartes, emmenées par Esther Brun, puis à 500 avec celles de la cité du Maroc, du grand 21, d’Orient.

Des rues adjacentes, débouchent celles venant de Billy Montigny, de Montigny en Gohelle emmenées par Emilienne Mopty, du Puits Dahomey, puis de la direction opposée arrivent celles de Méricourt.

Traversant les cités : le cortège grossit, au fur et à mesure.

Elles ont 2 000 à défiler en silence. Elles avancent vers leurs grands bureaux, se tenant par les bras, serrées les unes contre les autres pour empêcher les arrestations.

A coup de crosse, on tente de les arrêter, alors des voix s’élèvent : « Vive la grève ! » et pour la première fois « Pas de Gaillettes pour l’ennemi ».

Oui, nous sommes, vous êtes le maillon de cette chaine extraordinaire qui parcourt le bassin minier du XIXème siècle à aujourd’hui. Ces femmes, ces hommes ont eu le courage de se lever contre le IIIème Reich.

N’oublions pas la peur inspirée à l’époque par le gouvernement nazi, celui de l’extrême droite allemande, arrivée au pouvoir en 1933 grâce à l’appui des forces conservatrices allemandes dont les ennemis étaient les travailleurs.

N’oublions pas les capacités, l’intelligence des organisatrices de cette marche de s’appuyer sur des revendications tirées du quotidien : du pain pour se nourrir, du charbon pour se chauffer, du savon pour se laver. Cela a créé le plus grand mouvement de grève dans tout le pays, dans toute l’Europe et un tournant décisif dans la lutte contre l’occupant nazi dans notre pays.

Ils étaient tous unis dans ce combat, les mineurs ceux qui étaient nés à Montigny, à Méricourt, à Harnes ou ceux qui étaient d’origine étrangère polonaise, italienne, espagnole ou nord-africaine.

Tous avaient appris à travailler ensemble, à lutter ensemble. Quelle leçon de solidarité, de fraternité dans ces combats, dans cette volonté de ne pas céder !

Les femmes elles aussi avaient appris à travailler, à lutter ensemble.

Après avoir conquis ainsi, à la Libération, le droit de vote, elles ne se sont pas arrêtées là.

De cet élan patriotique est né un mouvement puissant de femmes pour leur émancipation et pour l’égalité dans tous les domaines de la société.

Jeune militante, j’ai eu la chance de cheminer dans ce combat avec ces femmes qui ont joué un grand rôle dans la conquête des droits des femmes.

Permettez-moi aujourd’hui de les associer à l’hommage que nous leur rendons avec notre marche.

Je veux citer ici les résistantes Julie Dewinte à l’origine d’un des plus beaux 8 mars dans les années 50 avec 8 000 femmes rassemblées à Lille, Maria Delvaux, Berthe Foulon, toutes dirigeantes de l’Union des Femmes Françaises, mouvement issu des femmes de la Résistance.

D’autres ont poursuivi ce combat comme Jacqueline Poly, Odette Dauchet, les premières femmes élues Maires du bassin minier.

Je veux citer aussi Blanche Bellanger, Bernadette Leroy, dirigeantes syndicales en hommage aux milliers de filles et femmes de mineurs qui partaient travailler dans le textile de Roubaix Tourcoing et qui sont à l’origine de tout ce qui a été conquis pour les salaires, les droits et la dignité des travailleuses.

Cette terre de lutte a toujours été une terre d’innovation sociale. N’oublions pas que c’est dans le Pas-de-Calais qu’a été obtenue pour la première fois par les militantes de l’époque dans les années 60 la prime de tablier pour la rentrée scolaire, devenue la prime de rentrée scolaire qui existe aujourd’hui.

Chers amis, chers camarades,

La période que nous vivons où au nom de la crise économique, véritable guerre contre les peuples, on voudrait soumettre les populations à un recul de civilisation sans précédent pour satisfaire l’appétit du capitalisme financier.

Alors que le mot austérité est conjugué à tous les temps et dans toutes les langues, les peuples se lèvent et résistent.

Regardez ce qui se passe avec la jeunesse et les indignés qui fleurissent sur la planète, avec ce qui se passe en Grèce et maintenant au Québec, partout c’est le mot résistance qui résonne.

Nous le savons la résistance peut générer de grands progrès sociaux, le programme du Conseil National de la Résistance en est la plus belle démonstration.

Avec le Front de Gauche, cette résistance, Jean Luc Mélenchon et Hervé Poly que je salue tous deux chaleureusement la portent et en sont le trait d’union vers aujourd’hui.

C’est pourquoi, chers amis, chers camarades, je souhaite de tout mon cœur que par votre mobilisation, votre engagement, votre vote, ces terres de tradition minières du Pas-de-Calais envoient à l’Assemblée Nationale Jean Luc Mélenchon pour battre ceux qui se sont toujours rangés sous la bannière du fascisme et de l’oppression des femmes !

Je vous remercie.



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