Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

21 décembre 2010

Discours de Michelle Demessine en meeting avec Pierre Laurent

Le 20 décembre, Michelle Demessine et Fabien Roussel accueillaient, à Lille, Pierre Laurent pour un meeting commun. Le discours de Michelle Demessine :

"Chers amis, Chers camarades,

Bienvenue à tous, vous qui avez bravé la neige et les routes glissantes pour être ici ce soir, à quelques jours de Noël, à l’occasion de ce meeting de prolongation des luttes de résistance de cet automne. Je voudrais en premier lieu saluer et remercier Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti Communiste Français, pour sa présence parmi nous d’autant que c’est sa première visite à Lille depuis son élection à cette responsabilité.

Lui souhaiter la bienvenue au nom des militants lillois qui sont très fiers de sa venue, à Lille, dans cette ville où les ouvriers du siècle dernier, où les salariés d’aujourd’hui ont marqué de belles pages de l’histoire des luttes et des conquêtes sociales.

Tu le sais, Pierre, c’est ici qu’est né l’Internationale. C’est un compositeur lillois, Pierre Degeyter, qui l’a mis en musique et c’est au café de la Liberté, rue de la Vignette, que la lyre des ouvriers l’a chanté pour la première fois, le 23 juillet 1888. Nous en avons d’ailleurs fêté les 100 ans, en 1988, à l’Opéra de Lille. C’est ici aussi à Lille, à l’usine de Fives, qui a compté plus de 5000 ouvriers qui ont bâti les plus grands édifices dans le monde entier, que fut créé en 1936, le premier comité d’entreprise, bien avant les ordonnances de 1945 qui les ont généralisées.

Mais, Lille, aujourd’hui, c’est aussi la ville des contrastes. Sa métamorphose aujourd’hui reconnue, son essor culturel et son important renouvellement urbain en cours ne saurait faire oublier que l’on ne passera pas Noël et les fêtes de l’an de la même façon selon que l’on habite les quartiers de la périphérie ou ceux du centre ville. Ici comme ailleurs, on peut constater que dans un contexte de crise généralisée, financière et économique, le luxe ne connait pas la moindre difficulté. A contrario, nous savons que la table de réveillon s’annonce très économe dans de très nombreuses familles soumises à la précarité. Nous n’avons d’ailleurs pas été étonné quand une enquête, publiée il y a quelque jours, a révélé que 43% des jeunes hommes, habitant dans les quartiers populaires sont au chômage car c’est une réalité que nous côtoyons tous les jours dans notre activité militante et d’élus. C’est bien parce qu’existe encore ici la solidarité, un fort engagement du secteur associatif aujourd’hui mis à mal qu’il reste encore des graines d’espoir.

Chers amis, chers camarades, nous sommes réunis ce soir ensemble pour poursuivre l’élan né de la mobilisation contre la réforme des retraites.

Les lillois comme tous les habitants du Nord se sont mobilisés en masse pour résister au gouvernement et à cette injuste réforme.

Au fil des 8 journées de manifestations qui ont lieu, entre juin et octobre dernier, ce sont des millions de manifestants en France et, selon les journées de mobilisations, plus de 30 000 manifestants à Lille, qui ont perdu des journées de travail cruciales pour leurs salaires en fin de mois dans l’espoir de préserver leur droit à percevoir une retraite décente. De nombreux jeunes sont venus grossir les rangs de la contestation pour exprimer leurs inquiétudes légitimes face à un avenir rendu incertain par le démantèlement de notre modèle social.

Selon les estimations syndicales, plus de 7 millions de personnes, dans le pays se sont battus contre cette entreprise de régression sociale à portée structurante pour les années à venir. Ils se sont mobilisés pour les avec une grande conscience de ce qui était en jeu malgré toutes les campagnes et tentatives d’intimidation orchestrées par le pouvoir sarkozyste.

Les sondages l’ont montré, 73% des Français soutenaient le mouvement social et se prononçaient contre cette réforme.

A marche forcée et dans le plus grand mépris pour le peuple, le Président de la République a fait adopter par sa majorité parlementaire, loin du peuple, une réforme injuste parce qu’elle est supportée à 85% par les salariés et inefficace parce qu’elle n’assure pas le financement durable de notre système par répartition.

Mais qu’à cela ne tienne, l’essentiel pour Nicolas Sarkozy et la droite qui le soutient était de respecter les promesses faites au club des entreprises du CAC 40, de diminuer durablement le coût du travail et de libérer les 350 milliards d’euros distribuées chaque année pour les retraites pour les livrer aux assurances privées et aux banquiers. Objectif d’ailleurs à moitié avoué quand à la fin du débat parlementaire, un amendement du gouvernement est arrivé pour acter qu’un « un nouveau rendez vous » avec les partenaires sociaux soit programmé en 2013 (soit après 2012) pour mettre sur la table ce qu’ils appellent « une réforme systémique ». Entendez par là un changement de système dit à points, en clair pour mettre en place un système de capitalisation qui ne dit pas son nom.

La bataille parlementaire, à l’Assemblée Nationale et au Sénat, au cours de laquelle les parlementaires communistes et du Parti de Gauche ont joué un rôle important souligné d’ailleurs par la presse, ce qui n’est pas coutume, a permis de clarifier au yeux des français les véritables intentions du Président Sarkozy.

Elle a surtout montré qu’il était possible de faire une autre réforme des retraites qui en s’appuyant sur la force et l’efficacité de notre système par répartition s’attacherait à revoir son financement au regard d’une nouvelle répartition des richesses adaptée à la situation d’aujourd’hui comme le préconise notre proposition de loi.

Au Sénat, pendant les trois semaines du débat alors que le gouvernement croyait qu’il en aurait fini en une semaine, et pendant que le mouvement social prenait de l’ampleur, nous nous sommes opposés avec la plus grande détermination pour le passages pour l’âge légal de 60 à 62 ans et à taux plein de 65 ans à 67 ans.

Nous avons présenté et défendu près de 600 amendements et imposé que le débat porte sur les vrais enjeux soigneusement évités :

  • sur les questions d’emploi notamment pour les jeunes et les seniors
  • sur les discriminations des femmes devant la retraite
  • sur la prise en compte des carrières chaotiques et incomplètes et sur la pénibilité du travail.

Finalement, au mépris des millions de personnes qui ont exprimé leurs inquiétudes et malgré leur opposition, le Gouvernement et le Président de la République sont passés en force.

La France est devenue le seul pays d’Europe où l’on augmente en même temps l’âge de départ à la retraite et les durées de cotisation. Mais cette réforme qui devait passer en douceur sous le seul argument qu’ « il faut travailler plus longtemps car on vit plus longtemps » a secoué la France entière et a dominé l’agenda politique tout l’automne. Progressivement, à travers l’enjeu des retraites, c’est bien un débat de choix de société qui a gagné tout le pays, toutes les générations, tous les secteurs public et privés et la jeunesse.

Il faut continuer ce combat.

La parole doit rester au peuple et comme la Constitution le permet aujourd’hui, nous devons maintenant exiger un référendum.

Chers amis, chers camarades, vous me savez, cette logique libérale en marche trouve sa traduction dans tous les domaines.

Avec la réforme des collectivités locales, un mois plus tard c’est le même scénario, la même méthode, le même fil rouge : refus d’écouter le peuple et marche forcée.

Présenté pour simplifier le soi-disant mille-feuille administratif, cette réforme là cache en réalité une remise en cause grave de notre démocratie locale dans l’objectif de la mettre au pas et au diapason de la logique libérale.

Ce qui est visé en premier lieu : c’est la dépense publique.

Il s’agit, donc, avec cette réforme de parachever jusqu’ au plan local la révision générale des politiques publiques dont je rappelle qu’elle est en train de supprimer un fonctionnaire de l’Etat sur deux et d’opérer budget après budget des réductions financières drastiques.

Le budget 2011 en est un vibrant exemple puisque les dépenses seront allégées de 60 milliards d’euros et que 32 000 emplois publics en plus seront supprimés.

Politique d’ailleurs complètement assumée par le ministre du budget, François Baroin, qui n’a pas eu peur d’appeler je le cite « à un véritable changement des mentalités et des habitudes à l’égard de la dépense publique. » (fin de citation)

Et, c’est à ce même régime que l’on veut contraindre les collectivités territoriales.

Cette réforme a pour finalité de casser l’autonomie des collectivités, de recentraliser les lieux de décision, de réduire le service public local. Son but inavoué vise, en fait, à transférer progressivement au secteur privé le marché que représente la réponse aux besoins des populations. Et quand on voit la fragilisation des ressources des collectivités, la suppression de la Taxe Professionnelle, le gel des dotations d’Etat et les transferts de charges, notamment dans le domaine du social, on voit bien que cette réforme est une attaque frontale contre l’action publique en général.

Des aspects essentiels de cette réforme provoquent de la colère chez les élus locaux. Toutes les associations d’élus se sont prononcées contre car nombre de leurs remarques n’ont pas été entendues.

Diminution de moitié du nombre d’élus, création de nouveaux périmètres comme les métropoles et les pôles métropolitains, obligation d’intégrer les intercommunalités, loi sur la parité bafouée... tout cela va porter un coup à la démocratie locale, va distendre les liens entre les élus et la population, va éloigner les citoyens des lieux de décision.

Avec l’interdiction des financements croisés et la suppression de la compétence générale, les communes et en particulier les communes rurales ne disposeront plus d’aucun moyen pour doter leurs communes des équipements nécessaires pour répondre aux besoins même les plus basiques comme l’entretien et la modernisation des locaux scolaires - des locaux municipaux-, l’entretien du patrimoine qui fait souvent le charme de l’espace rural.

En fait, cette réforme vise à mettre fin à la « la France des 36 000 communes », considéré par les libéraux de tout poil, comme une anomalie et un obstacle, au profit de grands ensembles territoriaux de concentration des pouvoirs.

Ce projet de restructuration libérale de nos institutions locales génèrera de nouvelles et puissantes inégalités sociales et territoriales.

Deux siècles d’histoire qui ont fondé notre République réduits à néant par une seule loi : les élus locaux quel que soit leur bord, d’ailleurs, en ont bien compris la portée et les conséquences.

Ils ont compris qu’ils seront les premiers à devoir assumer les difficultés voire les impossibilités à gérer leurs communes dans ces conditions. Ils ont aussi compris qu’ils seront en première ligne devant la colère des populations qui ne manquera pas de s’exprimer au fur et à mesure de la diminution voire la disparition d’un certain nombre de services publics locaux.

C’est pourquoi dans le cadre des rencontres débats sur cette réforme auxquelles je participe, dans tout le département, avec Eric Bocquet, les conseillers généraux et les élus des communes, nous avons déjà rencontrés plus de 400 élus et responsables associatifs et je sens la colère monter et une demande d’organiser des actions de riposte associant, en même temps, la population.

Votée, cette réforme ne sera appliquée qu’en 2014 et il est possible qu’elle ne s’applique jamais si nous savons organiser la riposte la plus large possible car, comme vous le voyez, l’enjeu est colossal. Ce n’est pas une réforme qui concerne seulement les élus.

Il s’agit de pans entiers de notre service public. Il s’agit du fondement de notre démocratie. A ce sujet, je vous invite à venir participer le 22 janvier prochain au rassemblement, sous le titre « Communes et démocratie en danger », organisée à Lille et Arras, devant les préfectures à l’appel des élus communistes et républicains.

Voilà, chers amis, chers camarades.

Ces quelques propos qui résument assez bien l’offensive de cet automne et la riposte que les militants et les élus communistes au sein du Front de Gauche avec la population, les salariés de notre région comptent bien organiser dans les mois qui viennent et qu’ils comptent aussi porter dans les échéances électorales à venir en 2011 face à un pouvoir qui ne tient qu’avec l’autoritarisme, en s’en prenant toujours plus à nos libertés.

Mais, aussi dans le même temps, dans le cadre d’un projet partagé d’alternative politique mais je laisserai d’abord à Fabien et Pierre le soin de le faire après moi.

En attendant, et parce que on l’a bien mérité, je vous souhaite à tous de passer de bonnes fêtes de Noël, de vous retrouver en famille dans un moment privilégié de détente et de partage comme nous l’aimons dans la région.

Merci de votre attention."



Augmenter la taille des caractères Diminuer la taille des caractères