Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

3 septembre 2013 - International

Trois jours à Tunis aux côtés des opposants aux islamistes au pouvoir

De vendredi à dimanche dernier, dans le cadre d’une délégation du Front De Gauche, accompagnée d’Alexis CORBIÈRE, Conseiller de Paris du Parti de Gauche, d’Henri MERMÉ dirigeant des Alternatifs et de Tarek BEN HIBA Conseiller Régional Île-de-France, FASE (Fédération pour une alternative sociale et écologique), je me suis rendu, à Tunis, à l’invitation des députés tunisiens de l’opposition pour affirmer ma solidarité avec le mouvement qui se lève actuellement contre le gouvernement aux mains des islamistes.

Ce mouvement s’est créé après les assassinats du député Mohamed Brahmi, le 25 juillet dernier, et celui, le 6 février, de Chokri Belaid, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates.

Les coupables de ces forfaits sont à chercher du côté de la Ligue de Protection de la Révolution, des milices salafistes qui profitent de la passivité à leur encontre du principal parti de la coalition au pouvoir, les islamistes d’Ennahda. Ce parti occupe au sein du gouvernement tous les postes importants et, a placé ses hommes dans tous les rouages de l’administration.

Par ailleurs, le gouvernement en place mène sous les injonctions du FMI et en échange d’une aide financière de 1,4 Milliards d’euros sur deux ans, une politique économique qui mène le pays dans le mur.

En effet, les salaires des fonctionnaires sont gelés, les subventions publiques pour les produits de première nécessité sont revues à la baisse. Et à cela s’ajoute une explosion du chômage, une inflation en hausse de 6,5% ainsi qu’une augmentation du cout de carburant et de la TVA. Brefs, les espoirs démocratiques et les aspirations sociales qui avaient amené au renversement de Ben Ali, en janvier 2011 sont loin d’être au rendez-vous. Mais face au pouvoir, l’opposition s’organise, se mobilise et se rassemble au sein d’un Front de Salut National.

Depuis fin juillet, 60 députés de cette opposition refusent de siéger dans l’Assemblée Constituante tunisien sorti des urnes en octobre 2001. Le parti Ennahda prêt à toutes les manœuvres pour rester cramponné au pouvoir ont été même contraints de suspendre ses travaux. Mais l’opposition tunisienne n’est pas dupe : c’est bien la démission du gouvernement et la dissolution de cette Assemblée Constituante qu’elle réclame pour mettre en place un gouvernement de Salut National. En effet, les pouvoirs en place ne sont plus en mesure de réussir la transition démocratique et d’assurer la stabilité du pays.

Cette opposition est composée de deux franges. Il y a d’abord, le Front populaire qui est une sorte de Front de Gauche tunisien dont le principal parti est le parti des Travailleurs et, par ailleurs, l’Union Pour la Tunisie qui regroupe des formations politiques allant de la gauche au centre-droit de l’échiquier politique tunisien.

Dès la descente de l’avion, vendredi, nous sommes allés au « sit in » organisés par les députés du Front de Salut National devant l’Assemblée Nationale constituante. Puis, samedi, dans la journée nous avons rencontré les responsables politiques des principales composantes de ce large rassemblement de progressistes et de démocrates. Nous avons alors tenus une conférence de presse pour affirmer notre soutien indéfectible à leur cause et faire part de notre volonté de pousser le gouvernement français à se montrer plus proche du clan démocrate tunisien.

Le point d’orgue de ces deux jours en Tunisie fut notre participation à la longue « chaine humaine » reliant la Place du Bardo à la Khasba (siège du gouvernement) qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes dans une ambiance populaire, festive et déterminée.

Dans la soirée, nous nous sommes rendus au chevet d’Ahmed Amine Ben Saad, directeur de la web télévision Astrolab, actuellement en grève de la faim pour protester contre l’arrestation de l’artiste Mourad Mehrzi le 18 août et du caméraman Nasredine Shili le 27 août. Ces deux derniers sont considérés, par le gouvernement tunisien, comme coupables du jet d’un œuf sur le Ministre de la culture. Nous en avons profité pour réclamer leur libération immédiate.



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