Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

2 octobre 2015

Sur la Syrie, la France doit changer de braquet !

Michelle Demessine a, dans l’Humanité, du 1er octobre, publié une tribune sur le rôle que la France doit prendre dans le conflit syrien.

La 28ème assemblée générale de l’ONU a donné lieu à des prises de position et à de nombreuses tractations sur la Syrie de la part des principaux protagonistes de ce conflit. Les déclarations de Barack Obama, de Vladimir Poutine et de François Hollande ont paru sonner d’un autre ton.

Devant l’avancée inexorable de DAECH, malgré les milliers de frappes aériennes, tous finissent par se ranger à la recherche de solutions pour trouver un règlement politique à cette guerre civile qui ravage ce pays et déstabilise l’ensemble de la région. Et pourtant, avant une rencontre qui semble avoir été fructueuse, le président des Etats-Unis et celui de la Fédération de Russie ont continué à afficher leurs divergences à la tribune.

De son côté François Hollande, en déclenchant des frappes aériennes, a tenté in extremis de reprendre une place parmi les protagonistes de ce conflit en voulant montrer ainsi la volonté française d’agir en Syrie, tout en continuant d’agiter le spectre de l’éradication d’Assad. Et surtout sans prendre d’initiative diplomatique constructive !

De son côté, Poutine présente une résolution devant le Conseil de sécurité appelant à « une coalition mondiale contre le terrorisme et le soi-disant Etat islamique » tandis que son homologue américain s’est dit « disposé à travailler avec la Russie et l’Iran », mais réclame « une transition contrôlée d’Assad ». Au final, au-delà des divergences sur l’avenir politique de Bachar-el-Assad, on peut retenir que les Etats-Unis, à la différence de la France, commencent à comprendre que la stratégie suivie depuis plus de quatre ans par les Occidentaux et leurs alliés du Golfe ne fonctionne pas et qu’il faut proposer de nouvelles mesures pour lutter contre les organisations terroristes de l’Etat islamique.

De cet ensemble on peut retenir que le message du président russe à la tribune des Nations unies est clair, pragmatique, a sa cohérence propre. En revanche, le message de la France et des Etats-Unis reste très ambigu. Ainsi, tout en restant lucide sur ses intentions, force est de constater que Vladimir Poutine est dans l’initiative quand Obama et Hollande sont sur la défensive. Ils restent écartelés entre leur souhait d’éradiquer les djihadistes et leur volonté d’en finir avec Bachar-el-Assad qui les combat et qui, qu’on le veuille ou non, est toujours à la tête du gouvernement légitime du pays.

Cette attitude frileuse s’explique surtout par le fait qu’il s’agit toujours et avant tout de ménager nos bonnes relations avec la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar. C’est ainsi que François Hollande a même fait savoir que « la France examinerait avec intérêt la proposition de la Turquie de créer une zone d’exclusion aérienne dans le Nord de la Syrie ». Même les Etats-Unis n’y sont pas favorables. En réalité, Paris soutient le gouvernement turc pour empêcher toute unité du Kurdistan, alors même que les forces kurdes sont un élément décisif dans la lutte contre les groupes terroristes. C’est grâce à elles que le Nord de la Syrie a pu échapper à l’emprise de l’Etat islamique.

Ne laissons pas la Russie et les Etats-Unis poursuivre leurs tractations en tête-à- tête. Reprenons des initiatives pour aboutir à ce que la proposition de résolution russe soit acceptable pour l’ensemble des membres du Conseil de sécurité. Jouons un rôle de premier plan pour que la réunion, prévue au mois d’octobre, entre les principaux acteurs dans le conflit syrien débouche sur des décisions concrètes. Oeuvrons à ce que le groupe P5+1 (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne) fort de sa réussite sur le nucléaire iranien, puisse, sur la Syrie, proposer des solutions pour une transition politique réussie.

C’est à tous ces niveaux que notre diplomatie doit agir pour que la France soit à nouveau influente, entendue, et reprenne la place que nous confère notre histoire, notre image dans le monde, notre qualité de membre permanent du Conseil de sécurité.



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