Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

26 janvier 2012

Question d’actualité sur Lejaby et la politique industrielle française

Par une question d’actualité en au Sénat, ce jeudi 26 janvier, Michelle Demessine interroge le Ministre de l’Industrie, Eric Besson, concernant le site industriel de Lejaby et la politique industrielle en France.

Monsieur le Président, Monsieur le ministre, Mes chers collègues,

Semaine noire pour l’emploi en France.

Des chiffres catastrophiques viennent de tomber. 152 000 chômeurs de plus en un an, une augmentation de 5,6%. L’emploi industriel continue de dégringoler. En 5 ans, la France a perdu 750 000 emplois industriels et depuis 3 ans 900 usines ont fermé.

Et la semaine dernière, le repreneur du site industriel de Lejaby, fleuron de la lingerie française et de son savoir-faire, annonçait supprimer 255 emplois et la fermeture du site d’Yssingeaux. Seul 193 emplois seraient maintenus au siège, essentiellement le service commercial et les prototypes.

Et pour tout comprendre, il faut savoir que le repreneur, Monsieur Alain Prost, est un associé de la société Ysalis, principal sous traitant de Lejaby en Tunisie.

Votre gouvernement, Monsieur le Ministre, déclare vouloir réindustrialiser la France après l’avoir laissée se désindustrialiser pendant des années.

Ce que nous vivons avec Lejaby montre à l’évidence que les belles paroles ne sont pas suivies d’actes forts et de réelles volontés d’endiguer cette hémorragie. Ce qui se passe avec Lejaby est malheureusement devenu un scénario très classique. C’est ce que l’on connait depuis des années et qui a fait disparaitre la plus grande partie de l’industrie textile française.

Quoi de neuf, aujourd’hui, de la part des pouvoirs publics pour endiguer cette spirale infernale : dépôt de bilan - tribunal de commerce –repreneur - licenciements ? C’est ce qui se passe avec Lejaby.

En 1996, l’entreprise Lejaby comptait 1100 salariés. Depuis deux plans de restructurations successifs ont débouché sur la fermeture de 6 sites de production sur 8 alors qu’en même temps 83 % de la production était délocalisée en Tunisie.

En 2009, le groupe Palmers rachète la marque, aucune stratégie de développement, aucun investissement, inévitablement, cela débouche sur un dépôt de bilan de l’entreprise, le 22 décembre dernier.

Et le même scénario repart : tribunal de commerce - recherche de repreneur.

Et là le couperet tombe : c’est la production qui est abandonnée. On ne fabriquera plus de Lejaby en France.

Le bilan : des ouvrières hautement qualifiées, « les doigts de fées » sont jetées à la rue sans perspective malgré les beaux plans de reconversion qu’on ne manquera pas de leur promettre.

Difficile, en plus, d’invoquer, ici, la faute au coût du travail lorsque le différentiel du coût de main d’œuvre de production dans un soutien gorge entre la France et la Tunisie n’est que de deux euros sur un produit vendu 70 . Monsieur le Ministre, que compte faire le gouvernement pour qu’à travers le cas emblématique des ouvrières de Lejaby le discours sur la réindustrialisation de la France soit crédible ?



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