Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

16 juillet 2010

Michelle Demessine lance un réseau inter-parlementaire pour lutter contre le changement climatique avec les propositions de Cochabamba

Vendredi 9 juillet, Michelle Demessine, Jean Dessessard et Martine Billard ont lancé, à la Maison de l’Amérique Latine, un réseau interparlementaire sur le changement climatique pour promouvoir les propositions de Cochabamba qui mettent les peuples au coeur de la lutte pour la préservation de l’environnement. Après l’échec de Copenhague, ces 15 propositions ont vocation à s’imposer dans le débat public. Vous trouverez ci-dessous l’intégralité du discours qu’elle a tenu lors du lancement de ce réseau-interparlementaire.

Madame l’ambassadrice, Madame la députée, Monsieur le sénateur, Monsieur le conseiller, Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier l’ambassadrice de Bolivie et le Collectif de Solidarité avec la Bolivie pour avoir organisé la présentation de ce réseau inter-parlementaire initié par le sénateur Jean Dessessard.

C’est avec plaisir et en tant que présidente déléguée du groupe d’amitié interparlementaire franco-bolivien que j’ai volontiers accepté d’en faire partie et ce 7 mois après m’être rendue en Bolivie pour assister à la réélection triomphale d’Evo Morales dans un formidable engouement populaire.

Par l’intermédiaire de l’ambassadrice, je voudrais saluer et remercier le président de l’Etat plurinational de Bolivie pour avoir organisé et tenu ce sommet à Cochabamba du 20 au 22 avril.

Après l’échec du sommet de Copenhague, qui avait fait naître tant d’attentes pour si peu de résultats, le sommet de Cochabamba a permis de faire souffler un vent nouveau dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La conception que cette lutte passe par une volonté politique accompagnée d’une implication des citoyens et de leur relais, comme en témoigne la réunion à Cochabamba de près de 25 000 délégués de 142 pays, de 5 cinq continents, issus d’ONG, de mouvements sociaux politiques et de scientifiques, est ce qui nous lie ici. C’est tous ensemble que nous devons faire face aux défis climatiques et ne pas nous dérober quand il s’agit de trouver des solutions pour créer un système de production en harmonie avec la nature.

Après l’hypermédiatisation du sommet de Copenhague, le sommet de Cochabamba resta pourtant, en France, entouré d’un silence médiatique des plus choquants lorsqu’on s’attarde sur la richesse des propositions qui en sont ressorties.

L’idée la plus symbolique retenue par les participants et sans aucun doute la tenue d’un référendum mondial sur le réchauffement climatique.

Si tous les peuples du monde s’accordaient à dire, par exemple, que 10% des dépenses militaires du monde doivent être transférés vers la défense de l’environnement, cela créerait une dynamique incontournable vers la paix et pour la préservation de l’environnement. Cela remettrait le sort de la planète entre les mains de plusieurs milliards d’individus plutôt que de le confier à quelques dirigeants mondiaux qui se réunissent régulièrement dans des sommets pour donner l’illusion de s’engager à lutter contre le réchauffement climatique.

La tenue de ce référendum est une affaire de volonté politique et citoyenne tout comme la création d’un tribunal international de justice climatique et environnemental qui viserait à juger Etats, entités ou personnes aggravant le réchauffement ou détruisant l’environnement. A l’heure où 9,5 millions de litres de pétrole se déversent chaque jour dans le golfe du Mexique pour cause de négligences coupables de la compagnie British Petroleum, cette proposition permettrait de sanctionner ceux qui commettent des crimes contre l’environnement.

L’exemple de BP illustre d’ailleurs parfaitement que le capitalisme n’est pas écolo-compatible. Il cherche le profit financier maximum dans un temps minimum. D’où une logique de prédation des ressources naturelles comme du travail de salariés, au coût le plus faible. Inégalités sociales et environnementales marchent ensemble. Aujourd’hui, seul le profit importe et non pas la dégradation de la planète ou des conditions de travail des salariés. Il faut inverser cette logique.

Le capitalisme récupère tout pour le transformer en marchandise. Pourtant comme l’a exprimé magnifiquement le sociologue brésilien Herbert de Souza. « La terre est un bien planétaire, elle ne peut être le privilège de personne, elle est un bien social et non privé, elle est le patrimoine de l’humanité et non une arme de l’égoïsme particulier. Elle est faite pour produire des aliments, pour générer des emplois, de la vie. Elle est le bien de tous, pour tous. C’est le seul destin possible de la terre »

C’est pourquoi avec le Parti Communiste, nous prônons que les ressources naturelles soient considérées comme biens communs de l’humanité et non comme marchandise. C’est pour cette raison qu’il faut avoir la volonté politique de sortir l’énergie du marché. Pour ce faire, le développement d’un service public de l’énergie doit permettre de mettre un terme à la mainmise dont elles font l’objet par les multinationales et ce à l’instar de ce qu’a fait le président Morales, à son arrivée au pouvoir, en nationalisant les hydrocarbures.

L’exemple bolivien nous prouve que l’égalité d’accès au droit à l’énergie et aux droits sociaux participe du même mouvement. Il n’y aura pas de nouvelle croissance saine capable de répondre aux besoins de la population mondiale sans des réponses crédibles aux besoins énergétiques qui iront, c’est inévitable, en augmentant.

Un nouveau mode de développement, c’est d’abord une action publique résolue en faveur d’une maîtrise citoyenne sociale et écologique des marchés dominés aujourd’hui par le capitalisme financier et productiviste. Il faut mettre en place un mode de développement qui soit à la fois durable, soutenable et renouvelable sur le plan écologique ainsi que générateur de progrès social et d’émancipation humaine, démocratique et citoyenne. Il faut dépasser l’actuel système productiviste capitaliste. Il ne suffit pas de l’aménager, il faut le renverser pour lutter contre le réchauffement climatique.

Selon le groupe d’expert intergouvernementale sur l’évolution du climat, le réchauffement climatique pourrait atteindre jusqu’à 4°C à la fin du siècle. Il faut donc réduire les émissions de 25 à 40 % d’ici 2020. Il y a donc urgence à agir collectivement.

Les enjeux sont colossaux pour don nombre de pays du Sud où s’abat la désertification, la famine, les épidémies les inondations et les migrations climatiques. Ce sont, pourtant, les pays développés, qui ont causé ce dérèglement climatique notamment les Etats-Unis coupables d’émettre un quart des émissions de gaz à effet de serre de la planète.

Dans le système actuel, les premières victimes sont les derniers responsables. Il faut donc que les pays développés règlent leur dette climatique à l’égard du Sud comme cela est prévu dans les propositions de Cochabamba.

Il faut jeter les bases de nouvelles coopérations, de rapport économique et financier alternatif au capitalisme. A cette fin, le Parti Communiste Français propose, par exemple la création d’une agence mondiale de l’environnement qui rendrait cohérent le développement durable de la planète en matière sociale et environnementale.

Combattre sérieusement le réchauffement climatique et préparer la révolution énergétique, c’est aussi s’attaquer à la logique de la rentabilité qui caractérise le capitalisme financier mondialisé. On ne peut compter sur les seuls mécanismes de marché pour baisser les contributions des grands groupes et des pays. Il est besoin de volonté politique, de normes plus sévères à respecter.

Ce qui a été possible pour les banques doit être possible pour la planète. Nous proposons de taxer le capital, par exemple en inscrivant une modulation de la fiscalité sur les entreprises en fonction de leurs performances sociales et environnementales. Ces prélèvements viendraient nourrir un Fonds national qui s’ajouterait à la récupération de l’argent public aujourd’hui gâché pour des exonérations de cotisations sociales patronales. Cet argent seraient réaffectés à l’augmentation du pouvoir d’achat des français et à lutte contre une pauvreté qui rime avec inégalités environnementales car une voiture propre ou une machine à laver basse consommation coûtent plus cher.

La lutte contre l’environnement et pour la défense des droit sociaux sont un même combat ce sont deux questions qu’on ne saurait ni distinguer, ni faire primer l’une sur l’autre. Et c’est bien là, le cœur de mon engagement communiste et écologique.

C’est la raison pour laquelle je me suis engagé dans ce réseau où j’espère bien d’autres parlementaires viendront nous rejoindre pour faire peser les propositions du sommet de Cochabamba dont les citoyens sont au cœur et permettre qu’elle fasse partie des débats et négociations internationales lors du sommet de Cancun organisé par les Nations Unies du 29 novembre au 10 décembre prochain.

Je vous remercie de votre attention.



Augmenter la taille des caractères Diminuer la taille des caractères