Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

28 juin 2011

Michelle Demessine invitée de la semaine du journal l’Humanité, lundi : le retrait d’Afghanistan

Michelle Demessine est toute cette semaine, l’invitée de la semaine de "l’Humanité" dans une chronique que vous retrouverez dans les colonnes du Journal. Lundi, elle témoigne de son déplacement en Afghanistan, du 20 au 24 juin, dans le cadre d’une mission de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.

"Je rentre d’une mission sénatoriale de quatre jours en Afghanistan, où je me rendais pour la seconde fois. Cette mission nous a menés à Kaboul et sur la base de Nijrab pour visiter les troupes, rencontrer la hiérarchie militaire et nous entretenir avec les autorités afghanes et les généraux américains dans un contexte politique exceptionnel d’annonce du début du retrait militaire.

La situation sécuritaire s’est depuis peu considérablement aggravée, avec une augmentation de 30 % des accrochages et des attentats suicides. Il n’est plus question d’attendre des progrès de la gouvernance, de la lutte contre la corruption et contre la drogue. Et si, bien sûr, personne ne parlera d’échec, l’ambition affichée se réduit désormais à organiser d’ici à 2014 le transfert de la responsabilité de la sécurité à l’armée nationale et à la police afghane récemment formée et équipée par les troupes étrangères alors que, selon de nombreux témoignages, l’armée afghane souffre d’évaporation et certains policiers se livrent au racket.

Ce processus de retrait donne raison à tous ceux qui se sont opposés à l’engagement militaire et cette décision prise à l’approche des échéances électorales américaines et françaises est le résultat du poids des opinions publiques, de plus en plus opposées à la guerre. Car le coût de cette guerre est particulièrement lourd : des milliers de civils tués et 2 500 soldats disparus, dont 63 Français, et plus 1 000 milliards de dollars engloutis depuis dix ans.

Il est plus que temps que l’ONU redevienne le principal acteur du rétablissement de la paix et de la sécurité, contrairement à ce qui se prépare, c’est-à-dire qu’à nouveau les États-Unis, soucieux de conserver le poids de leur puissance et de leurs intérêts dans cette zone, s’accaparent le contrôle de la situation future. La France a un autre rôle à jouer que celui de supplétif muet des États-Unis. Elle doit prendre l’initiative de proposer l’organisation d’une grande conférence régionale sous l’égide de l’ONU, associant toute la diversité de la société afghane et tous les pays voisins, pour définir précisément les conditions d’une paix négociée et durable."

Michelle Demessine



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