Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

6 décembre 2012

Les révolutions arabes ne sont pas terminées

Le mardi 27 novembre à Science Po Lille, le journaliste et politologue franco-libanais, Antoine Sfeir, tenait une conférence sur les révolutions arabes. L’occasion de rappeler que si les révolutions sont soudaines, leur aboutissement est de longue haleine.

«  Il est inexact d’utiliser le terme de printemps » avertit le flegmatique directeur des Cahiers de l’Orient et président du Centre d’études et de réflexion sur le Proche-Orient, Antoine Sfeir, pour qui la sémantique fait sens et rappelle que les révolutions s’inscrivent dans un processus long : « Les révolutions arabes ne sont pas terminées. On se situe dans la phase de confiscation du pouvoir ». C’est la jeunesse qui s’est soulevée et a défié des régimes qui gouvernaient par la peur mais ce sont les conservateurs et les islamistes qui ont été élus déplore-t-il. Néanmoins la contestation de la rue est grande, notamment en Egypte, où le coup de force du président Mohamed Morsi est désavoué par une grève générale d’une ampleur jamais vue.

Les états arabes, dont les frontières artificielles résultent du découpage de l’empire Ottoman par les vainqueurs de la 1ère guerre mondiale, sont de véritables mosaïques communautaires où « la citoyenneté républicaine » est ébranlée. « C’est l’éclatement national des pays qui menace le monde arabe » selon M. Sfeir, à l’instar de l’Irak morcelé en trois communautés et peut être prochainement de la Syrie. Résurgence du schisme entre Sunnite majoritaire et Chiite minoritaire. « Les Chiites, opprimés pendant des siècles, s’affirment depuis la révolution iranienne de 1979 alors que dans le même temps le monde sunnite se divise et a vu son cœur migrer de l’Egypte vers l’Arabie Saoudite ». Un pays dont, souligne-t-il, le régime est bien plus rigide sur le plan religieux et politique mais qui est, depuis l’accord de Quincy en 1945, soutenu par les USA en échange de l’exploitation de son pétrole. Devenus, les gendarmes du monde et de la région, les Etats-Unis pratiquent dès les années 70 la doctrine de la guerre préventive développée par Henri Kissinger et multiplient les interventions comme en Iran et en Irak, souvent en réaction aux nationalisations de secteurs stratégiques, tandis que le conflit Israélo-palestinien s’enlise.

Les révolutions arabes ont pris de cours les occidentaux, passant d’abord de l’hostilité en Tunisie puis au soutien en Egypte et jusqu’au droit d’ingérence humanitaire en Libye dont le journaliste mets en doute la pertinence. Cette attitude révèle notre incohérence : « combattre des tyrans avec l’appui de dictatures tels le Qatar et l’Arabie Saoudite ».

Le politologue constate que l’Europe des 27 a été incapable de mettre en place un organe de sécurité opérationnel et limite son action à « la diplomatie du chéquier ». Avant de conclure sur le rôle de la France qui peut et doit être « une force d’influence culturelle, politique et économique par ses valeurs républicaines ». La francophonie devrait être l’un de ses instruments mais, regrette-t-il, ses institutions sont touchées de plein fouet par les restrictions budgétaires qui traduisent, peut-être, « un manque de confiance et de conviction de nos dirigeants ».

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