Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

23 juin 2014

Grève de la faim des prisonniers palestiniens : la France doit sortir de son silence

Alors que 250 prisonniers sont en grève de la faim depuis une cinquantaine de jours pour contester le système de la détention administrative qui permet de détenir une personne en Israël sans inculpation ni jugement pendant une période de 6 mois renouvelable, Michelle Demessine a écrit à Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères, pour que la France sorte de son silence pour dénoncer cette situation.

Monsieur le Ministre,

Je tiens à attirer votre attention sur la grève de la faim en cours des prisonniers palestiniens.

Comme vous le savez, en Israël, la rétention administrative permet, en violation des droits de l’homme,de détenir une personne sans inculpation ni jugement pendant une période de 6 mois renouvelable.

Depuis 1967, ce sont ainsi près de 750 000 palestiniens qui ont été durant leur vie emprisonnés dans les prisons israéliennes, soit près de 20% de la population palestinienne des territoires occupés. On compte même aujourd’hui, sur 4743 Palestiniens détenus, 93 enfants dont 21 de moins de 16 ans.

Cette pratique généralisée de la détention administrative a amené plus de 250 prisonniers palestiniens à entamer, depuis maintenant plus d’une cinquantaine de jours, une grève de la faim qui a conduit 75 d’entre eux à être hospitalisés d’urgence.

Alors que les conditions de détention de prisonniers palestiniens sont déjà particulièrement scandaleuses, la réponse apportée par la Knesset à cette grève de la faim est des plus inquiétantes. Elle vient, en effet, d’autoriser l’alimentation forcée des grévistes de la faim ce qui peut être assimilé à un véritable acte de torture.

Monsieur le Ministre, la décision de la France de se prononcer, en novembre 2012, en faveur de la reconnaissance de la Palestine au titre de membre observateur à l’ONU, fut un acte fort de la diplomatie française de même que la condamnation répétée de la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens.

Une avancée sur le chemin de la paix entre les peuples palestiniens et israéliens passe, à mon sens, à présent irrémédiablement par le règlement de la question centrale des prisonniers palestiniens.

C’est, en tout cas, la conviction qui est la mienne, après m’être rendue en Palestine du 1er au 7 mars avec une délégation du groupe d’amitié parlementaire France-Palestine dont je suis la vice-présidente, voyage au cours duquel j’ai eu l’opportunité de rencontrer la femme de Marwan Barghouti, le digne héritier politique de Yasser Arafat aujourd’hui emprisonné.

Je m’en remets donc à votre haute autorité pour que la France sorte de son silence pour condamner la pratique de la détention administrative en Israël et mette en garde les autorités israéliennes sur les conséquences humaines et politiques de la dégradation de la santé des prisonniers palestiniens en grève de la faim.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de ma haute considération.

Michelle DEMESSINE, sénatrice du Nord



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