Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

27 janvier 2012

Discours des vœux à Hordain

Mercredi 25 janvier, Michelle Demessine célébrait conjointement avec Eric Bocquet ses voeux pour l’année 2012 dans la commune d’Hordain. Voici son discours à cette occasion.

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je veux vous dire tout le plaisir d’être ici dans la jolie commune d’Hordain aux confins du Valenciennois, du Douaisis et du Cambrésis, quelques mois après des élections sénatoriales où Eric et moi avons été élus sénateur et sénatrice du Nord dans un Sénat alors que personne n’y croyait d’ailleurs, qui a réalisé un basculement historique empreint d’une signification forte de refus d’une réforme territoriale rejetée sur le fond et sur la forme. Réforme vue comme une attitude de profond mépris à l’égard de l’action désintéressée que mène au quotidien la grande majorité des élus locaux.

Vous l’aviez souhaité. Nous l’avions promis lors de nos rencontres. Nous serons plus présent sur l’ensemble des territoires de notre département (notre circonscription), pour instaurer une navette permanente entre le haut (le palais du Luxembourg) et le bas (les territoires, les élus locaux) (Eric).

Pour nous, la navette c’est désormais un programme puisque depuis octobre nous avons déjà fait quatre rencontres de terrain et d’autre sont prévues au printemps. Et c’est, aussi, la raison de notre présence ici à Hordain ce soir pour cette soirée consacrée aux vœux car tout au long du mandat, nous choisirons, pour nos vœux, un lieu, une commune d’un arrondissement différent.

L’année 2011 a été une année chargée pour nous et marquée par cette élection, par la mise en place du Sénat nouveau au sein duquel de nouvelles responsabilités nous incombent désormais en tant que membre à part entière de la majorité sénatoriale Cette première session, à partir d’octobre, avec la nouvelle majorité a pu donner à voir qu’une autre politique était possible, que l’équilibre des finances publiques pouvait être compatible avec l’exigence de justice sociale, des dispositions fiscales ont été remises en question, d’autres recettes identifiées et les débats budgétaires ont montré qu’il était possible de trouver 35 milliards de recettes nouvelles pour répondre aux besoins et attentes fortes exprimées par nos populations.

Bien sûr ce budget voté au Sénat n’a pas trouvé son prolongement à l’Assemblée Nationale mais a permis de voir que d’autres solutions existaient.

Je ne vais pas développer plus. Eric, nouveau membre imminent de la Commission des finances, a été au cœur de ces actions et vous en rendra compte après moi.

L’année 2011 aura été aussi une année dure pour nos concitoyens et marqué par l’aggravation de toutes les situations, par le creusement des inégalités sociales, par l’approfondissement des politiques d’austérité, seule parade trouvée à la crise économique, financière, morale et démocratique qui sévit depuis 2008.

C’est l’aboutissement des politiques menées ces dernières années qui ont laissé les mains libres à la finance, aux marchés financiers qui ne sont pas (comme on a pu le faire croire, pendant trop longtemps) des entités invisibles, immatériels et insaisissables. Mais il y a derrière ces mots des noms, des visages, un petit nombre d’hommes et de femmes qui siègent dans des institutions bancaires toutes puissantes et un système économique très organisé.

600 000 milliards de dollars aux mains de 14 banques internationales font la pluie et le beau temps sous le couvert des règles du commerce mondial et des traités européens que nous n’avons eu de cesse de dénoncer. Devant le plus grand mépris de ceux qui aujourd’hui découvrent que là est le problème mais qui y n’ont de recettes qu’à travers de grands discours sur la normalisation du système favorisant la spéculation et l’enrichissement de quelques uns.

L’année 2011 a été une année où se sont fait entendre les résonances d’un monde qui bouge, l’aspiration des peuples à plus de liberté, une volonté de changement pour fendre la chape de plomb.

Les printemps arabes, même si leur cheminement restera long et sinueux comme toutes les révolutions, est porteur d’une citoyenneté nouvelle et d’une reconnaissance de l’action collective comme moyen pour le développement humain.

Les mobilisations citoyennes auxquelles il fait associer le développement du mouvement des indignés ont marqué 2011 au point que le magazine TIME a fait du « manifestant anonyme » la personnalité de l’année.

Mes premiers vœux pour l’année 2012 seront des vœux pour la Paix.

Il y a 5 jours, 4 soldats français étaient abattus par un soldat de l’armée afghane en formation sur la base de Tagab dans la vallée de Kapisa (une des bases les plus dangereuses du théâtre afghan), 15 autres blessés dont deux sont encore entre la vie et la mort.

82 soldats français ont perdu la vie depuis le début de cette guerre qui dure depuis 10 ans. 500 autres (on en parle jamais) ont été blessés dont la moitié depuis 2009 sans oublier aussi les 20 0000 civils afghans victimes des combats entre les forces de l’Otan et les talibans.

Tant de victimes dans une guerre sans issue, un fiasco militaire et politique, un enlisement dramatique à la remorque des Etats Unis, des milliards d’euros et de dollars engloutis.

Plusieurs pays de la coalition occidentale ont déjà retirés leurs troupes. Il faut arrêter le simulacre d’une opération réussie comme s’apprête encore à le faire le Président de la République en recevant à l’Elysée le Président afghan Hamid Karzai pour signer un traité d’amitié et de coopération vide et inopérable pour sauver la face à quelques mois des élections.

Alain Juppé vient d’annoncer que le retrait anticipé de nos troupes était exclu. Nous demandons comme la majorité des français le retrait accéléré de nos troupes et demandons à la France d’agir pour le retrait de l’ensemble des troupes de l’Otan.

Au cœur des enjeux de 2012 et au milieu du contexte électoral, sera présent avec toujours plus d’acuité la question de l’avenir industriel de notre pays et de toute l’Europe d’ailleurs.

Cette question de l’avenir industrielle résonne d’ailleurs fortement ici même à Hordain avec Sevelnord, l’avenir de l’usine de tous les salariés concernés. J’en profite pour saluer particulièrement les responsables syndicaux qui nous font le plaisir d’être là ce soir.

J’étais dans cette salle le jour de la création par Alain Bocquet du comité de vigilance pour l’avenir de Sevelnord. J’ai gardé précieusement en mémoire la volonté, du tous ensemble, salariés, syndicats et élus de tous bords pour manifester l’exigence de ne pas laisser se reproduire un nouvel Usinor-Denain et la conviction qu’il est possible de pérenniser le site ultra-moderne, préserver aussi les savoirs faire.

Les solutions sont à portée de main si les pouvoirs publics mettent le paquet et manifestent réellement leur volonté d’une solution qui ne soit pas au laisser faire, au petit bras.

900 usines fermées sur 3 ans. 100 000 emplois industriels supprimés. Avec la désindustrialisation, c’est l’avenir du pays tout entier qui est posé.

Quand aujourd’hui encore on annonce la faillite de Petroplus, groupe européen de 2500 salariés, 550 concernés en Seine-Maritime à petite Couronne, on assiste au gâchis humain de tous nos savoir-faire.

Regardez avec Lejaby ces ouvrières qui fabriquent une des plus belles lingeries, « ces mains d’or » qui sont sacrifiées dans l’indifférence la plus complète ; les laissant aux mains d’un repreneur qui n’est pas intéressé par les ouvrières mais surtout pour récupérer les services commerciaux, les clientèles dans l’objectif de diffuser des produits qui seront à terme fabriqués ailleurs en moins chers, moins beaux, moins solides mais vendus ici aussi cher.

J’entends comme vous leurs cris de colère et j’aurai l’occasion demain au cours d’une question d’actualité au Sénat d’interpeller le ministre de l’économie pour lui demander ce qu’il compte faire avec son gouvernement pour défendre l’emploi et la production française. Nous irons d’ailleurs avec les sénatrices de mon groupe prochainement à leur rencontre pour leur apporter toute notre solidarité.

C’est facile. Tout le monde dit aujourd’hui, « il faut produire français. Mais ça fait 30 ans que les élus d’ici, amis et camarades, le clament et le proclament. A l’époque où nous a qualifiés de passéistes, de ringards. Nous avions soit disant rien compris à la modernité.

Et ce n’est pas la TVA sociale, la solution, comme on envisage de nous le faire croire en exonérant de 30 milliards de charge sociales les entreprises pour les faire payer au travers de l’impôt aux contribuables.

Cette idée dites sociale que le Président de la République a encore l’intention d’inscrire à l’ordre du jour du dernier mois de la session parlementaire C’est ça l’enterrement définitif de la Sécurité Sociale car son financement que l’on peut changer chaque année serait aussi soumis aux aléas des budgets annuels de l’Etat et nous n’aurons jamais l’assurance que l’argent permettra des dépenses liés à la santé.

C’est la raison pour laquelle les créateurs de la Sécurité Sociale avec Ambroise Croizat avait choisi un mode de financement pérenne assis sur la création des richesses de l’entreprise.

La vraie solution, nous la connaissons c’est de s’attaquer aux diktats de la finance et permettre que les 600 000 milliards que je vous ai citées tout à l’heure servent le développement de l’économie, des nouvelles économies celles tournées vers la satisfaction des besoins humains et aussi qu’enfin la logique de l’Europe (sur la sellette en ce moment) soit celles de la convergence sociale, de l’harmonisation fiscale ; celles du soutien aux filières industrielles de l’emploi et à la protection sociale au lieu d’être celle qui accompagne le financement de l’économie qui fait tout mal.

2012 sera une année électorale majeur avec au cœur plus que jamais les grands enjeux que je viens de développer.

La gravité de la situation, les difficultés rencontrées par un grand nombre de nos concitoyens, les inquiétudes pour l’avenir de notre jeunesse, de nos enfants, appellent à ce que la campagne électorale soit à la hauteur de cette gravité et l’occasion de grands débats de fond comme nous avons pu en vivre en 2005 au moment du débat sur le traité constitutionnel.

On ne peut que déplorer que ce ne soit pas le cas. Les mots employés que nous entendons en disent long. On nous parle de « guerre », d’envoyer sur les « ondes des snipers », il s’agit toujours de cogner. Tout cela, nous le savons, éloigne encore un peu plus les français de la politique au risque même de le jeter dans les bras dangereux de ceux qui prônent la haine de l’autre comme solution et cela permet aussi d’éluder les vraies questions.

Jean Paul Delevoye, ancien ministre et fort de son expérience médiateur de la République vient de publier un livre intitulé « Reprenons nous » dans lequel il lance un cri d’alarme sur l’état de la société française.

Il explique je le cite : « la France est en état d’usure psychique et la crise accentue ce sentiment. Il y a 12 à 15 millions de personnes pour qui les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près » ajoutant : « les Français sont en train d’imploser. »

Il dit aussi : « si nous n’y prenons garde la deshumanisation des rapports collectifs engendre des frustration personnelles fortes. Les sociétés sont menacées par trois sentiments : désespérance, peur et humiliation. Le capital d’une société, c’est la capital humain et si il est dévalorisé, les systèmes économiques et politiques les plus solides peuvent être menacés » (fin de citation)

Enfin, pour terminer, je reviendrai sur le point de départ de mes propos sur les élections sénatoriales. Dès sa prise de fonction, le nouveau président du Sénat, Jean Pierre Bel, attentif à ce qu’il a appelé « le malaise des territoires » s’est engagé à donner la parole aux 550 000 élus locaux de notre pays pour qu’il puissent exprimer leurs avis, leurs opinions sur ce qui à l’inverse de la réforme territoriale à marche forcée, serait pour chacun d’entre nous le meilleur attelage institutionnel pour les territoires, pour répondre aux besoins des habitants.

C’est pourquoi a été lancé le 20 décembre dernier les Etats Généraux de la démocratie territoriale, une large consultation au travers d’un questionnaire internet abordant tous les aspects concernant les collectivités territoriales de la plus petite à la plus grande avec un comité de pilotage pluraliste chargé de l’organisation de ces Etats Généraux et dont j’ai l’honneur de faire partie.

Conçus dans le respect du pluralisme et de la diversité, les Etats Généraux de la démocratie territoriale portent l’ambition de s’adresser directement, individuellement, aux 550 000 élu(e)s locaux sur un pied d’égalité, quelque soit la taille des collectivités. Tous les territoires auront ainsi leur mot à dire pour évaluer la situation, pour esquisser des solutions d’avenir.

Clôturé fin février, cette consultation sera suivie à l’automne par 8 grands forums interrégionaux et un grand débat de fond de 1000 élus au Sénat. Beaucoup d’élus ont déjà répondu à ce questionnaire. C’est déjà un succès mais le vrai succès serait d’aller beaucoup plus loin. Ce serait un véritable bouillonnement démocratique au service de nos territoires. Je vais passer la parole à Eric en vous présentant mes meilleurs vœux pour l’année 2012 en espérant qu’elle apporte à vous tous ce rayon de soleil tant attendu.



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