Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

28 octobre 2013 - Lille

Le sport au service de l’émancipation féminine

Les activités sportives non adaptées aux femmes, les créneaux calqués sur les temps de l’enfant et non des mères, l’éloignement des lieux de pratique sont autant de freins à la pratique sportive. A Lille, l’adjointe aux sports Michelle Demessine a mis en place 26 créneaux et 15 disciplines dans des lieux quadrillant la commune.

LE MONDE | Par Geoffroy Deffrennes

Et on repart pour quinze petits battements ! On ne jette pas les bras, on accompagne le mouvement ! » Isabelle Deschodt dirige et mime, bâton au bout des bras, allongée sur le parquet. Dans une salle du palais des sports Saint-Sauveur de Lille, une vingtaine de femmes suit ses consignes. La plus jeune a 20 ans, la plus âgée 69. La séance durera deux heures. « Du step pour l’échauffement cardio, puis des exercices debout, bras, jambes, fessiers, abdos et ensuite du renforcement musculaire au sol  », détaille Virginie Scache, responsable de la cellule « Sport femme famille adolescente » de la mairie de Lille.

La direction des sports de la ville avait constaté la faible pratique sportive féminine dans les clubs mais aussi lors des actions municipales. « Après des premières initiatives à Lille-Sud, la demande croissante a poussé à la création d’une cellule sport en 2009 », explique Emeline Brouard, ex-gymnaste, conseillère au service des sports de la mairie. Soutenues par Michelle Demessine, l’adjointe de Martine Aubry, deux éducatrices, Claude Maerten et Virginie Scache, ont amorcé le travail.« Depuis, nous nous développons sur presque tous les quartiers lillois », constate Virginie Scache, ancienne basketteuse. « En 2009, les femmes ne représentaient que 26 % des licences sportives lilloises, rappelle Emeline Brouard. En 2011 elles étaient 32 %, puis 34 % en 2012... » La ville se rapproche ainsi de la moyenne nationale (36 %). « Et encore, cette moyenne française prend en compte les licences loisirs et la gym volontaire, que nous n’intégrons pas dans le chiffre lillois », précise la technicienne. « Cette expérience n’a pas d’équivalent en France », insiste la sénatrice du Nord Michelle Demessine, chargée de remettre, vendredi 25 octobre à Lille, le « Trophée des collectivités » à cette structure innovante. Nous sommes partis d’une démarche participative, en allant à la rencontre des femmes dans les centres sociaux des quartiers populaires. »

VASTE CHOIX D’ACTIVITÉS

Les activités sportives non adaptées aux femmes, les créneaux calqués sur les temps de l’enfant et non des mères, l’éloignement des lieux de pratique sont autant de freins à la pratique sportive. C’est pourquoi la cellule propose 26 créneaux et 15 disciplines dans des lieux quadrillant la commune. Musculation ou aquagym à Lille-Sud, self-défense ou badminton à Fives, VTT à Vauban, danse ou tai-chi à Lille-Centre, et remise en forme partout : le choix est vaste. Sur les 440 bénéficiaires du dispositif en 2012, peu sont aujourd’hui en club. Même si l’inscription annuelle, initialement gratuite, coûte désormais dix euros, le prix reste modique par rapport au coût des licences.

Annette, 69 ans, s’est inscrite dès les premières expérimentations en 2007. « J’étais retraitée, je n’avais jamais été sportive ». Désormais, Annette ajoute à ses deux séances de remise en forme deux cours de tai-chi. Saïda, diplômée en économie-gestion et demandeuse d’emploi, profite également du dispositif. « J’avais cherché une activité sportive sur le site Web de la mairie, raconte Saïda. J’ai 25 ans, mais je n’avais plus fait de sport depuis le lycée. Il y a un an, je me suis inscrite au VTT ». Jeunes ou plus âgées, parfois voilées, toutes estiment que pour les femmes la pratique sportive demeure plus compliquée : les enfants, le ménage, le travail... Même sans emploi, elles disposent de moins de temps.

« Je n’avais plus d’activité physique depuis les cross scolaires, explique Khadija, assistante familiale. J’ai eu trois enfants et n’ai plus pensé à moi. Désormais, ils sont plus grands. Il y a trois ans, j’ai tapé « sport à Lille’’ sur Internet. C’était gratuit et au bout de ma rue. Cela me permet d’évacuer le stress. » Même les plus jeunes peuvent ressentir ce besoin de faire du sport. Céline, 20 ans, toiletteuse à domicile, « se sentait essoufflée en montant les escaliers ». Son amie Hélène l’a convaincue de venir, insistant sur le tarif modique. Toutes ces femmes se sentent bien reçues. Isabelle Deschodt, leur prof, mère de trois enfants, avoue qu’elle-même revit à travers leur regard. « J’avais beau avoir fait du judo de 6 à 16 ans jusqu’à la ceinture noire, ensuite j’ai totalement stoppé le sport, occupée par un tas de petits boulots : ouvrière, caissière, vendeuse... Puis je suis devenue bénévole à l’Olympique Lille-Sud. J’ai fini par passer un brevet sportif. Je me sens épanouie, comme toutes ces femmes qui ont enfin l’impression que l’on s’intéresse à elles ! Cela leur donne l’opportunité de se dépasser. » Et Isabelle de rappeler que Nadia, « en foyer d’hébergement », a pris goût à la course à pied, puis s’est licenciée dans un club et a couru la Route du Louvre. « Mon rêve est que ces femmes s’autonomisent et qu’elles créent leurs propres structures associatives », ose la sénatrice Michelle Demessine.

Pour en savoir plus : www.Apels.org



Augmenter la taille des caractères Diminuer la taille des caractères