Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

19 février 2014 - Ville de Lille

Départ de Michelle Demessine : un bilan intense

Michelle Demessine « n’aime pas trop les adieux », ni « se mettre en scène ». Alors elle a fait comme d’habitude. Le conseil municipal de lundi avait beau être le dernier d’une longue série initiée en 2001, celle qui reste sénatrice du Nord ne se voit pas encore « partir en retraite ». Ce sera pour 2017. Le moment est pourtant choisi pour dresser le bilan des années lilloises.

Quels souvenirs garderez-vous de ces douze années passées au conseil municipal de Lille ?

« D’abord celui d’un mandat intense. Puis l’émotion de quitter des gens avec qui on a relevé des défis, connu des joies et des peines. Bien sûr on va garder le contact mais on ne se verra plus tous les jours. C’est comme quand on quitte une maison pour une autre. Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir construit une véritable politique sportive de la ville. C’est moi qui avais demandé cette délégation en arrivant au conseil. »

Pourquoi un tel choix ?

« Parce qu’après avoir été ministre de façon un peu surprenante (entre 1997 et 2002), j’avais acquis une expérience et une capacité à gérer des dossiers importants. J’ai voulu rendre à ma région cet acquis. J’ai choisi le sport, alors que Martine Aubry m’avait également proposé la culture, parce que je souhaitais vivre une action de proximité, sur le terrain, auprès des jeunes. »

Quelles étaient alors vos connaissances sportives ?

« J’étais très proche de Marie-George Buffet (membre du PCF et ministre des Sports dans le gouvernement Jospin). Mon père était dirigeant d’un club de foot et arbitre dans le district Flandre. Il était tout le temps sur le terrain et me faisait participer le week-end. J’aimais déjà beaucoup l’ambiance des clubs. »

Quelle était votre approche en prenant cette compétence en 2002 ?

« Chaque fois que j’ai eu une responsabilité dans les mains, j’ai eu la volonté de faire bouger les choses, pas simplement de gérer. J’ai un esprit transformateur naturel. À Lille, l’insuffisance d’équipements, tout autant que le vieillissement des installations, imposaient d’investir fortement pour combler le retard. Et puis, il fallait promouvoir le sport pour tous, pour les jeunes, les femmes, les handicapés, pas seulement la haute compétition. À Lille, il y avait des moyens pour réaliser tout cela. En douze ans, nous avons beaucoup construit, le paysage sportif a considérablement changé. L’objectif d’avoir un pôle sportif par quartier, par exemple, est atteint. »

Comment vous êtes-vous entendu avec Martine Aubry ?

« Je la côtoie depuis que nous avons été ministre ensemble. Martine Aubry apprécie les gens qui travaillent beaucoup. C’est le premier signe chez elle. Je crois qu’elle a décelé cette qualité chez moi et elle l’a reconnue. Elle me respecte et je la respecte. »

Quels sont vos rapports sur un plan plus personnel ? « Je ne fais pas partie de son premier cercle, je n’ai d’ailleurs pas souhaité l’intégrer. Nous sommes ensemble sur un projet pour les Lillois, avec des visions qu’il faut parfois confronter. Ce que j’ai toujours fait, pas forcément sur la place publique. Elle m’a dit que j’avais quelquefois réussi à la faire changer d’avis. Mais je suis communiste, et mes plus proches font partie de ma famille politique. »

La décision des communistes lillois de présenter une liste autonome au premier tour a-t-elle influé sur votre décision de ne pas solliciter un troisième mandat ?

« Non, j’avais pris ma décision depuis quelques mois, bien avant que l’on parle de tout ça. J’avais le sentiment du devoir accompli. Ma conviction profonde est qu’il ne faut pas rester en place trop longtemps. Et puis j’ai voté la loi sur le non cumul, alors je me l’applique. C’est une histoire de baby-boomers qui s’achève. Une autre doit s’écrire, avec une autre génération. »

Partagez-vous alors le choix de vos camarades lillois ?

« Disons que la génération de communistes lillois a pris les choses en main. Les résultats des dernières élections, présidentielle et législatives, ont donné un signal. Je ne sais pas si c’est le bon choix, mais il est souverain. Partout en France, on trouve toutes les alternatives. Je comprends un petit peu la réaction de Martine Aubry. Elle tient beaucoup à l’alliance historique avec le PC. Elle n’a pas le même regard avec les Verts d’ailleurs. Alors oui, elle est contrariée… »

Cette stratégie ne risque-t-elle pas de rendre les négociations plus difficiles dans la perspective du second tour ?

« Je ne dramatise pas outre mesure. Je souhaite qu’il y ait des élus communistes à la ville de Lille, comme toujours depuis 1977, et qu’ils aient un groupe influent. Je ne veux pas interférer, mais je ne sens pas un rejet de Martine Aubry et de la majorité municipale. Je souhaite qu’ils réussissent leur pari. »

Que ferez-vous après les élections municipales ?

« Je vais consacrer plus de temps au Sénat, au sein de la commission des affaires étrangères et de la défense. J’ai aussi de lourds dossiers comme le handicap et l’amiante, Je n’abandonne pas le sport non plus puisque je viens aussi de rentrer au conseil d’administration de l’agence pour l’éducation par le sport. Mon mandat s’achève en 2017. Là, ce sera la fin ! »

LAURENT WATIEZ



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