Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

1er février 2007

Débat public « Foot, quelles règles du jeu pour préserver le rêve sportif ? »

Le foot est le sport préféré des français. Avec ses 2 millions de licenciés et ses records d’audience à la télévision, le premier sport mondial cherche à préserver son authenticité et sa part de rêve. Suite à l’élection de Michel Platini à la tête du football européen, les débats s’aiguisent sur les enjeux financiers et humains qui tournent autour du ballon rond.

C’est dans ce contexte et pour défendre le football que l’on aime, que Michelle Demessine, adjointe aux sports à la mairie de Lille et présidente de la Commission chargée du futur Grand Stade de la communauté urbaine, a organisé un grand débat public le 25 janvier à Lille, avec le journal l’Humanité, en partenariat avec la Voix du Nord et France Bleu Nord.

Objectif : « provoquer le débat, s’interroger sur ce qu’est devenu le football professionnel. On parle beaucoup aujourd’hui de la loi de l’argent, c’est vrai qu’on peut être inquiets. La meilleure façon de dépasser tout ça, c’est d’en débattre et que les citoyens fassent entendre leur parole ! » a précisée Michelle Demessine en introduction du débat.

Plus de trois cents personnes ont ainsi pu échanger avec les acteurs du foot sur le rêve sportif, le foot spectacle, la répartition des droits TV, l’influence des médias, la reconversion des joueurs, le contrôle des comptes des clubs, la protection des clubs formateurs, le rôle de l’union européenne... . Parmi eux Michel Seydoux, président du club lillois, mais également des hommes de terrain comme l’entraîneur du LOSC, Claude PUEL ou celui de Valenciennes Antoine KOMBOUARE, des responsables de la Ligue de football professionnel et du syndicat des joueurs, le députés européen Benoît Hamon, co-auteur d’un rapport sur l’avenir du football européen, ainsi que divers observateurs.

Les invités du débat : Eric Maitrot (journaliste), René Charrier (Syndicat des joueurs pro), Claude Puel et Michel Seydoux (LOSC), Michelle Demessine, Antoine Kombouaré (VAFC), Benoît Hamon (eurodéputé), Jean-Pierre Hugues (Ligue de football professionnelle) et Jean-Pierre Karaquillo (économiste du sport)

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salle de la halle aux sucres de Lille
Plus de 300 personnes ont participé au débat
Interview de Michelle Demessine par le journal 20 minutes
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En collaboration avec L’Humanité, vous organisez un débat demain soir (19 h) à la Halle au sucre de Lille, sur le thème « Foot : quelles règles du jeu pour préserver le rêve sportif », avec Michel Seydoux et Gervais Martel notamment.

D’où vient cette idée ? Je l’avais en tête depuis longtemps. En tant qu’élue locale et présidente de la Commission Grand Stade, je côtoie toute la palette du football, du club de Bois-Blancs jusqu’à Frédéric Thiriez [président de la Ligue Professionelle de Football]. Je veux qu’on se parle, qu’on s’explique. Le foot de haut niveau manque de citoyenneté politique.

C’est-à-dire ? Aujourd’hui, l’argent domine. Mais les supporteurs n’ont pas forcément compris que les clubs sont des entreprises. Les citoyens ont leur mot à dire, sinon, ce sont les lobbys au niveau européen qui décideront de l’avenir du foot.

Est-ce une vision trop idéaliste du football professionnel que vous voulez remettre en cause ? Non, c’est un tout. Le football amateur a aussi besoin de rêver. Il faut assumer cette réalité, qui peut choquer. Le but, c’est aussi d’éviter la vision « café du commerce », et les remarques du genre : « T’as vu tout ce que ça ramène le foot ? ». C’est un outil sur lequel il ne faut pas cracher, qui permet à des jeunes de se construire. A Lille, heureusement que dans certains quartiers, il y a le foot...

En tant que présidente de la commission Grand Stade, n’alimentez-vous pas le côté business du foot professionnel ? Dans ce dossier [visant à construire une enceinte pour le Losc], je défends la collectivité, qui a besoin d’un beau phare au niveau européen. C’est un projet commun.

Vous, l’élue communiste, avez-vous eu du mal à vous faire accepter par les dirigeants du club lillois ? Nous ne sommes pas de la même sensibilité, mais ils ont accepté sans problème. Bien sûr, on ferraille parfois avec Xavier Thuillot [président-délégué du Losc]. Mais je ne viens pas aux réunions sur le stade avec ma carte du PC dans la poche. Ils ont beau être dans le business, ils viennent tous du monde du sport, comme moi, et ils ont gardé certaines valeurs. En fin de compte, ils sont demandeurs de relations avec les collectivités. Ils attendent qu’on soit leur supporteur nº 1.

Mais vous êtes partenaire du Losc, qui évolue dans le football que vous dénoncez... Tous les clubs professionnels sont pris dans une logique libérale. Y compris le Losc, qui doit investir pour rester compétitif face à une concurrence européenne. Mais ce n’est pas non plus un club pharaonique. Il se construit étape par étape, en faisant bien attention à rester populaire. Ils ont bien compris que le sport n’est pas une marchandise comme les autres. Michel Seydoux est favorable à l’entrée en bourse de son club. Je ne suis par d’accord avec son point de vue, mais je le respecte. Alors débattons-en !

Recueilli par Antoine Maes

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Extrait du débat

"La France donne l’exemple avec sa direction nationale de contrôle de gestion (DNCG)"

Benoît Hamon (eurodéputé) :

L’Europe se saisit aujourd’hui des problèmes du foot, non pas pour des questions sportives mais économiques. On connaît tous l’arrêt Bosman pris par la Cour européenne de justice il y a dix ans, qui a interdit les quotas de joueurs nationaux dans une équipe. Actuellement, certains clubs se retournent à nouveau vers la Cour européenne pour demander l’indemnisation de leur prêt de joueurs aux sélections nationales. L’Europe est sollicitée, alors qu’elle n’a aucune compétence dans les affaires sportives. En revanche, elle en a dans les affaires économiques. En ce moment, le Parlement européen discute pour préparer de futures décisions de la Commission européenne, afin de mieux encadrer le sport professionnel. Pourquoi mieux ? Parce que l’on constate aujourd’hui des phénomènes de corruption, de blanchiment d’argent, d’opacité dans les flux financiers lors des transferts. Il faut plus de transparence si l’on veut que le foot pro puisse demeurer une activité économique qui tienne compte des règles d’éthique. Nous ne voulons pas que le foot européen soit réservé à une élite de clubs, dans un championnat formé sur le modèle des ligues fermées américaines. Nous voulons préserver le modèle sportif européen qui consiste à préserver un lien entre le plus modeste amateur et le plus grand club d’élite, grâce au système de promotion relégation et de redistribution de l’argent. On veut aussi mieux encadrer la gestion des clubs. La France donne l’exemple avec sa direction nationale de contrôle de gestion (DNCG).

Il faut limiter les déficits, empêcher que l’on puisse consacrer jusqu’à 80 % du budget d’un club aux salaires des joueurs. Nous voulons encadrer la profession d’agent de joueur. Pour faire en sorte qu’une activité économique profitable soit aussi morale. »

Éric Maitrot (journaliste) : Le dossier prioritaire est d’arrêter la distorsion de concurrence permanente dans le foot européen. Certains clubs sont en faillite virtuelle et dépensent un argent qu’ils n’ont pas. Arsenal a aujourd’hui un déficit de 480 millions d’euros. Si l’on instaurait en Europe une DNCG, avec le pouvoir de rétrograder un club trop endetté, on parviendrait peut-être à rendre les coupes d’Europe plus justes et transparentes. Il n’est pas juste de voir Lyon ou Lille, obligés de présenter des comptes équilibrés, affronter des clubs étrangers qui ont acheté de grands joueurs en faisant courir des dettes de centaines de millions d’euros.

René Charrier (syndicat des joueurs pro) : Nous avons toujours soutenu l’existence de la DNCG. Pour une raison simple : on a connu par le passé des joueurs qui n’étaient pas payés pendant plusieurs mois. Nous avons toujours été favorables à la transparence des fonds, que les clubs dépensent l’argent qu’ils ont et pas plus. Nous avons été solidaires de la DNCG en expliquant aux joueurs pourquoi elle rétrogradait un club en déficit budgétaire. Pourtant, ces joueurs pouvaient perdre leur emploi. Donc, vivement une DNCG européenne.

Michèle Demessine : Pour les milliers de licenciés du football, les gens qui participent chaque semaine aux matchs dans les stades de France et tous ceux qui se sentent supporters devant leur télévision, il est important d’avoir un vrai débat citoyen autour de toutes les interrogations qui traversent le football actuel. Aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années, les clubs ont considérablement évolué, surtout depuis qu’ils ont choisi d’être des sociétés privées avec la loi qui a instauré les SASP. C’est une évolution qui a amené pas mal d’interrogations de la part du public. On parle beaucoup aujourd’hui de la loi de l’argent, c’est vrai qu’on peut être inquiet. La meilleure façon de dépasser tout ça, c’est d’en débattre.


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