Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

31 août 2006

Fermeture des Grandes Malteries Modernes de Marquette (59), propriété du groupe mondial Lesaffre

Lettre de Michelle Demessine à Monsieur Gérard LARCHER Ministre de l’Emploi, du Travail et de l’insertion Professionnelle des Jeunes

Monsieur le Ministre,

Je me permets d’attire votre attention sur la situation des salariés de l’usine des Grandes Malteries Modernes située à Marquette Lez Lille (Nord), propriété du groupe mondial Lesaffre, qui ont entamé un mouvement de grève, avec occupation de l’usine, pour protester contre la fermeture du site et entamer de réelles négociations avec la direction. Le 31 août prochain, 53 salariés sont menacés de licenciement. C’est encore une entreprise qui ferme ses portes dans une métropole lilloise fortement touchée par le chômage et dans la ville de Marquette où les friches industrielles, notamment celle du groupe Rhodia, s’étalent sur plusieurs dizaines d’hectares.

Cette entreprise de fabrication du malt, site historique du groupe, existe depuis 152 ans. Les résultats de cette année n’ont pas été bénéficiaires. Après avoir été rentable pendant toutes ces années et après avoir versé de nombreux dividendes à ses actionnaires, le groupe Lesaffre fait le choix de fermer les portes dés les premières difficultés. Ceci n’est pas compréhensible pour les salariés qui ont tant apporté à cette entreprise. Un grand groupe comme Lesaffre, enraciné dans la métropole lilloise, qui a développé et étendu son activité dans le monde, a les moyens de mettre en œuvre d’autres solutions préservant l’emploi sur ce territoire et d’assumer la responsabilité sociale de son activité.

Les représentants du personnel et les salariés, que j’ai rencontrée, estiment que tout n’a pas été fait pour maintenir une activité industrielle sur le site et souhaite qu’une solution alternative puisse être étudiée. Ils se sont d’ailleurs attachés le concours d’un cabinet d’expertise (APEX) pour faire des propositions allant dans ce sens. Je souhaite particulièrement que la plus grande attention soit réservée à cette démarche qui ne doit pas être négligée.

Par ailleurs, au regard de la situation locale, le plan social proposé n’est pas satisfaisant. Sur les 40 reclassements dans le groupe, seul 11 sont proposés dans l’usine voisine du groupe à Marcq-en-Baroeul. Les 29 autres reclassements sont proposés en Alsace, en Normandie et en Ile-de-France avec toutes les conséquences familiales que l’on connaît. Je pense en particuliers à la situation des conjoints qui seront contraint d’abandonner ici leur propre emploi de la métropole lilloise. Ne serait-il pas plus juste et plus pertinent de reclasser l’ensemble du personnel dans l’unité de Marcq-en-Baroeul sachant que de nombreux départs en retraite de la génération du baby-boom, prévisible à court terme sur un effectif de 450 salariés, permettraient sûrement d’intégrer les salariés de la Malterie.

C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, je souhaite que vous puissiez examiner cette situation avec la plus grande rigueur sachant que le groupe Lesaffre lui-même n’est pas en difficulté et que les salariés et leurs représentants syndicaux contestent le bien fondé de la fermeture de leur usine, prise au nom d’une logique financière au détriment de l’emploi et du territoire.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Michelle DEMESSINE


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