Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

20 mai 2007

L.B.O - rachat d’entreprise, profit… et fermetures d’usines


Les fonds d’investissement sévissent depuis longtemps déjà. L’une des stratégies préférée se nomme « LOB » (« Leveraged Buy Out » ou « levier d’achat »). Décryptage d’une technique de rachat d’entreprise très juteuse et particulièrement destructrice d’emploi !


Pour résumé, ces fonds commencent par le rachat d’une entreprise, financé à plus des deux tiers par des emprunts auprès des banques. Elle n’a donc qu’un faible apport de capitaux à mettre sur la table et le risque financier est minime, puisque la rachat se fait au nom d’une société écran (une holding) qui sera directement responsable des dettes contractées.

Puis, sur une période très courte (entre 2 et 4 ans en moyenne), le fond d’investissement rembourse ses dettes en ponctionnant tous les bénéfices de l’entreprise.

L’objectif de l’opération vise uniquement à dégager une rentabilité financière extrême puis à revendre la société avec une forte plus-value à de nouveaux spéculateurs.

Le rendement de l’opération est généralement d’au moins 25% par an, soit un doublement voire un triplement (ou plus) de la mise en quelques années : existe-t-il aujourd’hui placement plus rentable ?


VOIR L’ARTICLE —> Sublistatic, exemple concret des conséquences des LBO


Ci-joint le clip Internet d’un film réalisé par des salariés victime de LBO

D’où provient donc cette rentabilité hors norme ?

Par la combinaison de trois facteurs : investissement minimum, endettement important, profitabilité maximum.

- Investissement minimum Les nouveaux actionnaires ne payent pas la totalité du prix de vente de l’entreprise. Ils n’apportent en fait qu’une petite partie du capital, au sein d’une société écran dite "holding financière".

- Endettement important La holding financière ainsi créée s’endette fortement auprès d’établissements financiers (banques, fonds spécialisés, etc.) afin de compléter la mise des nouveaux actionnaires pour avoir suffisamment d’argent pour acheter l’entreprise vendue.

- Profitabilité maximum Pour rembourser sa dette, la holding financière prélève tous les bénéfices réalisés par l’entreprise. La valeur de la société augmente quand elle a moins de dettes. Cette valeur augmentera donc d’autant plus que la dette initiale sera importante et les remboursements conséquents : c’est le levier financier du LBO.


Extrait du film : "LBO, les insoumis"

Quelles conséquences pour l’entreprise et les salariés : rationalisation et licenciements

Pour que ce montage financier réussisse, les fonds organisent un traitement de choc, car la société doit dégager du cash très rapidement et devenir attrayante pour un futur rachat.

Selon les cas, les gestionnaires vont procéder :

— > à la revente de biens immobiliers,

— > à la rationalisation de la production, des achats, des cadences de production.

— > Les activités trop peu rentables vont être suspendues,

— > le flux tendu va être privilégié pour éliminer les stocks,

— > les investissements dans l’outil de production vont être réduits à leur minimum.

— > Et bien sûr, ils vont tenter de museler les syndicats,

— > de précariser au maximum les salariés (CDD, temps partiels, intérimaires),
— > et enfin, des réductions d’effectifs seront mis en oeuvre (licenciements ou « départs volontaires »).

Au final, les fonds d’investissements récoltent un retour sur investissement spectaculaire, qui peut aller jusqu’à 30% de leur apport initial.

Actuellement en France, il y a quelque 1200 entreprises sous LBO, pour 1,5 millions de salariés.

En 2005, les fonds d’investissement ont investi 200 milliards d’euros dans le cadre de LBO, soit 34% de plus qu’en 2004, et le rendement moyen était de 24 %.

Ces fonds s’appellent Starwood capital, Apax, Colony capital, Carlyle, Blackstone, BC capital ou KKR. Et récemment on a vu les sociétés Arena, Aubade, Well ou Dim passés sous leur coupe. Inévitablement, certaines entreprises sont tellement pressurisées qu’elles finissent par fermer.


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