Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

29 décembre 2008

Crise automobile : Les parlementaires communistes interpellent N.Sarkozy

Crise automobile : Michelle Demessine et les parlementaires communistes du Nord-Pas de Calais interpellent le Président de la République et sollicitent une entrevue.

Monsieur le Président de la République,

Vous vous apprêtez à présenter vos vœux aux Françaises et aux Français au moment où la crise économique amène notamment les constructeurs automobile à réagir en réduisant le nombre de véhicules produits par jour, en mettant au chômage technique des milliers de salariés et en supprimant des milliers d’emplois d’intérim pour mieux préserver la part des dividendes versés aux actionnaires.

Face à cette situation très préoccupante au plan national et dans le Nord – Pas-de-Calais où cette industrie joue un rôle clé, nous avons pris l’initiative de réunir une centaine de représentants syndicaux des quinze principales entreprises régionales comme Toyota, Sevelnord, Peugeot, Renault Douai, MCA ainsi que de sites sous-traitants et d’équipementiers.

Une certitude domine : l’extrême gravité de la situation. « Dans cette période difficile, liée à la baisse de la consommation », un responsable syndical s’interroge sur « l’avenir de certaines grosses usines, comme Renault Douai, si des voitures issues des nouvelles gammes ne trouvaient pas acquéreurs ». Dans de nombreuses usines, les salariés craignent la fermeture ou la délocalisation de leur unité de production.

Dans une Région qui compte 180.000 demandeurs d’emploi, le chômage technique se généralise entraînant des pertes de salaires de 30% à 50% ! Comment vivre avec 500 € par mois ?

Les collectivités territoriales sont sollicitées et vont l’être de plus en plus pour assumer, à leur corps défendant, les conséquences sociales de décisions prises ailleurs !.

Et de leur côté, les commerçants, les entreprises de service subissent les effets de ces mesures économiques et du recul du pouvoir d’achat de milliers de familles.

Le malaise est également présent chez les équipementiers et les sous-traitants de l’automobile. Si la production baisse chez les constructeurs, à l’autre bout de la chaîne les conséquences sont identiques. Le chômage technique devrait ainsi frapper parmi les 30 000 salariés du Nord – Pas-de-Calais travaillant dans ces entreprises, dès le début de 2009. Les plus fragiles d’entres elles fermeront ou réduiront leurs effectifs.

Un sentiment d’injustice et de colère s’exprime chez les salariés. Ils refusent de payer les conséquences de la crise alors qu’ils n’en sont pas responsables et que des milliards d’euros de bénéfices ont été engrangés pendant des années grâce à leur travail.

C’est l’exemple de Renault : 554 Millions d’euros versés à ses actionnaires en 2005 ; 716 Millions en 2006 ; 900 Millions en 2007 ; 1040 Millions en 2008 ! Chez Toyota affirme un délégué de l’entreprise : « 100 milliards d’euros de bénéfice en 10 ans. Et cette année, cette somme serait de 4,4 milliards au lieu de 10 milliards. Les ressources financières existent chez les grands groupes pour passer ce cap difficile sans que les salariés en payent les conséquences ».

Ils avancent plusieurs propositions urgentes : départ des salariés ayant exercé des travaux pénibles, avec une retraite à taux plein, dès 55 ans ; mise en place des 35 heures quand ce n’est pas encore fait.

Cela fait plusieurs années que les responsables syndicaux alertent sur les menaces qui pèsent sur cette industrie. Dans le Valenciennois et le Nord – Pas-de-Calais, elle fait travailler 20% des actifs ! Son effondrement aurait des conséquences économiques, sociales et humaines, encore plus lourdes que la liquidation de la sidérurgie dans les années 1970 !

Plusieurs syndicats rappellent qu’ils ont dénoncé les erreurs de gestion, les mauvais choix stratégiques des directions d’entreprises, les promesses non tenues. Les voitures à bas coût, comme la Logan, fabriquées dans d’autres pays, ne devaient jamais être vendues en France. C’est pourtant le cas. Les syndicats français, d’ailleurs solidaires des représentants de salariés de ces usines, demandent donc que ces voitures soient fabriquées là où elles sont vendues.

La mise en place d’un SMIG européen et l’harmonisation par le haut, du droit du travail des différents pays européens éviteraient toute concurrence entre salariés, et le dumping social. Il est regrettable et très éclairant, que la Présidence française de l’Union européenne n’ait permis aucune avancée sur ces enjeux prioritaires.

Enfin, un sujet fait l’unanimité dans cette période difficile : la relance du pouvoir d’achat. Car c’est la meilleure réponse possible à l’exigence de justice sociale de nos concitoyens. Et un atout majeur pour dynamiser l’économie française grâce à la consommation des ménages.

Pourtant, si 360 milliards d’euros sont distribués aux banques sans contre-partie ; par contre, aucun geste pour les salaires ! Alors qu’une augmentation générale aurait un effet immédiat sur la croissance.

Monsieur le Président, les salariés de l’industrie automobile ne quémandent pas d’aide. Ils refusent « toute forme d’accompagnement social ». Ils demandent, avec beaucoup de dignité, « le droit de continuer de travailler sans avoir à payer les conséquences de choix dénoncés en leur temps ». Ils ont formulé des exigences comme « une augmentation des salaires de 300 euros, des conditions de travail décentes et le départ anticipé avec une retraite à taux plein, des salariés cassés par le travail ». Allez-vous les entendre ?

Parmi eux, des responsables syndicaux, et ils ne sont pas les seuls en France, s’interrogent sur l’utilité des centaines de milliards d’euros versés aux banques. « Pourquoi ne pas reprendre le contrôle des industries pour maintenir l’emploi et les salaires ? ».

Comme eux, nous pensons que les principaux acteurs économiques, les grands groupes industriels doivent maintenir tous leurs engagements en matière d’investissement et de production.

Le maintien de l’emploi, l’augmentation des salaires, l’harmonisation du droit du travail et de la fiscalité en Europe, sont les moyens les plus efficaces de relancer la croissance. A titre d’exemple, un responsable syndical de la métallurgie indiquait qu’en Allemagne, « IG Metall venait d’obtenir une augmentation générale des salaires de 5% et une prime de rattrapage alors qu’ils sont frappés par la crise, comme nous ! ». Qu’attendez-vous pour inciter le grand patronat français à s’engager dans ce sens ?

Tenant compte de l’ensemble de ces attentes, nous avons l’honneur de solliciter une entrevue. Car nous souhaitons vous donner témoignage de propositions qui, au moment ou la France et l’Europe entrent en récession, sont de nature à répondre aux besoins de l’économie nationale et des Français.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de notre haute considération

Alain BOCQUET - Alain BRUNEEL - Jean-Jacques CANDELIER - Jean-Claude DANGLOT - Michelle DEMESSINE -Jacky HENIN



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