Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

13 juillet 2007

Hommage à EMILIENNE GALICIER


Tourcoing, le 13/07/2007

Discours de Michelle Demessine :


Pour tous ceux qui l’ont connue et côtoyée, l’énoncé de son seul prénom : EMILIENNE, fait immédiatement surgir, en nous, le souvenir d’un lumineux sourire et d’un regard pétillant de malice et de tendresse humaine. C’est ainsi qu’elle était avec cet accent un peu chantant qui lui venait de ses origines Bourguignonnes.

Native de Villeneuve sur Yonne, dans une famille de petits vignerons, EMILIENNE GALICIER quitte l’école à 11 ans. Embauchée dans l’usine de la ville, puis, victime du chômage, elle part travailler dans une charcuterie et y découvre très vite l’utilité de l’action syndicale.

Sa détermination et sa force de conviction lui feront occuper rapidement d’importantes responsabilités nationales dans le syndicat des charcutiers.

Il y a dix ans, un de ses compagnons de lutte André Tollet venu lui remettre ici à Tourcoing les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur et rappelant ses combats syndicaux, évoquait cette époque, ou, à l’Union des syndicats de la région Parisienne « on l’appelait affectueusement la petite charcutière ».

Femme du peuple, EMILIENNE conservera toujours cette simplicité et cette franchise immédiate qui caractérisait ses rapports avec les autres.

Comme beaucoup de militantes et militants du mouvement ouvrier de l’époque, EMILIENNE élargit l’horizon de son action en adhérant, en 1935, au Parti Communiste Français.

Elle fait partie de cette génération de communistes qui rythme ses 20 ans avec les grandes luttes du Front Populaire. Elle en a 25.

Tous sont animés d’un formidable idéal de Liberté, de justice sociale, d’épanouissement humain à la hauteur de leurs rêves embrasés par une Révolution d’octobre 1917, jeune aussi de ses 20 ans, et encore porteuse alors d’une immense espérance.

C’est avec la même fougue juvénile et portés par ce même idéal communiste qu’ils se lanceront, à corps perdu, quelques années plus tard, dans la résistance à la guerre et à l’occupant.

Nombre d’entre elles et d’entre eux y laisseront leur beauté et l’élan de leur jeunesse.

Au Printemps 42, la découverte par les Allemands d’un poste émetteur dont elle a la responsabilité oblige EMILIENNE à quitter précipitamment Paris après avoir échappé de justesse à l’arrestation. En juin, elle arrive dans le Nord avec la mission de reconstituer les comités féminins très actifs dans la région mais décimés par de nombreuses arrestations.

Ces comités féminins créés et organiquement liés au parti communiste clandestin en 1940-41 puis au Front National de la résistance en, 1942 se transformeront par la suite en « Union des Femmes Françaises pour la défense de la famille et la Libération de la France » ; EMILIENNE en sera la responsable pour le Nord, le Pas de Calais, l’Aisne et les Ardennes.


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Les femmes dans la résistance

A son arrivée dans le Nord elle rencontre Louis Lallemand, responsable interrégional du Parti communiste clandestin ; le compagnon de résistance deviendra, comme on le sait, le compagnon de toute une vie.

Il formait un couple uni par les sentiments mais aussi par le combat inlassable pour la paix, la justice, la liberté.

A eux deux, il formait un vrai livre d’histoire avec un grand H, l’histoire vivante de l’humanité, de ses combats émancipateurs.

En écoutant, pendant des heures et des heures, les récits de leurs vies qu’ils aimaient à nous raconter, nous y puisions notre énergie et notre foi militante.

Qui ne se rappelle pas, combien, il était difficile de s’imaginer, pour notre génération, que pour organiser les réseaux de la résistance EMILIENNE faisait de multiple aller et retour Tourcoing-Paris en vélo.

Au-delà de danger d’être repéré et pris par les Allemands en chemin, c’est bien la performance physique qui suscitait notre admiration. Pour moi, c’est gravé dans ma mémoire et cela reste un repère du possible sur l’intensité de l’engagement.

Comme j’ai été marqué par la capacité d’organiser les femmes à la libération pour prolonger le combat pour la liberté et contre l’occupant en un combat pour la libération des femmes, fortes de la conquête de leur droit de vote.

Marqué par les centaines de militantes qui sortaient de l’ombre et qui avec EMILIENNE, ont crée un journal appelé du nom patriotique « les Mariannes » qu’elles diffusaient toutes les semaines au porte à porte dans les quartiers des villes et des cités minières chaque semaine à plus de 25 000 exemplaires.

A la Libération EMILIENNE est élue à la première Assemblée Nationale constituante le 21 octobre 1945, sur la liste communiste conduite par Henri Martel le dirigeant mineur, député Communiste de Douai révoqué par Vichy, envoyé au bagne de maison carrée, cependant que ses deux fils : Aimable et Germinal tous deux résistants seront exécutés à quelques mois d’intervalle.

Membre de la seconde Assemblée constituante, élue le 2 juin 1946, EMILIENNE sera député jusqu’en 1956.

Clin d’œil ironique et révélateur de l’histoire, la notice biographique rédigée par les services de l’Assemblée Nationale nous rappelle qu’en 1951, lors de la discussion d’une proposition de loi instituant l’échelle mobile des salaires, elle accuse le gouvernement de « répondre aux vœux des Etats-Unis qui, dit elle, considèrent que les ouvriers doivent travailler plus en France… »

Le passé rattrape parfois curieusement le présent.

Plus fondamentalement, à travers ce trop court survol d’une vie militante si proche et déjà lointaine pourtant pour les nouvelles générations, on mesure combien la connaissance de ce passé, sa transmission sont indispensable pour notre travail d’artisans de l’avenir.

Il y aurait mille choses à dire sur Emilienne, première femme député du Nord ; sur EMILIENNE mais aussi sur toutes ses compagnes et camarades, car l’une ne va pas sans les autres. Excusez moi de n’en citer aucune car il faudrait les citer toutes, ouvrières du textile, femmes au foyer, enseignantes….

Il n’est pas une seule usine de Tourcoing qui n’est vu à sa porte EMILIENNE distribuant des tracts, faisant signer une pétition. Je la vois encore, avec Marthe Vermersch, Bernadette Leroy, Blanche Bellanger à la porte de chez Masurel où elle avait aidé à la création d’une cellule d’entreprise. « Il nous faut du pain et des idées » disait-elle !

Dialoguer, écouter, débattre, demander collectivement, c’est toujours l’objectif qu’elle s’est fixée car, disait-elle, « quand la vérité est libre et l’erreur aussi, ce n’est pas l’erreur qui triomphe ».

Milles choses encore à dire sur EMILIENNE et LOUIS… et Liberté, le journal cet autre compagnon quotidien si utile pour comprendre et pour agir.

Tant à dire sur EMILIENNE militante inlassable et infatigable au côté de ses camarades de la section de Tourcoing-Marcq en Baroeul ; sur la Conseillère Municipale de Tourcoing. Et puis les retrouvailles dans la petite maison des Ardennes, havre de paix, brefs mais précieux instants de détente dans une vie si intensément vécue.

Mais je pense qu’émilienne aurait aimé surtout que l’on dise aujourd’hui comment nous allons remettre l’ouvrage sur le métier, poursuivre, dans les conditions et avec les outils d’aujourd’hui, le beau travail d’émancipation humaine auquel elle a pris toute sa part.

Alors, le meilleur Adieu que nous puissions faire à EMILIENNE c’est sans doute de lui dire que nous ferons de notre mieux, avec modestie mais avec courage comme elle nous en a montré l’exemple.

Merci EMILIENNE, nous t’aimons beaucoup.




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