Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

17 mai 2010

Une anxiété des préretraités victimes de l’amiante enfin reconnue

Engagée de longue date auprès des victimes de l’amiante notamment des veuves de Dunkerque dont je soutiens la marche qu’elles organisent chaque mois, je tiens à saluer la reconnaissance formulée, mardi 11 février, par la Cour de Cassation d’un préjudice d’anxiété des préretraités « face aux risques de déclaration à tout moment d’une maladie liée à l’amiante ».

Pendant longtemps, ces victimes se sont vues nier le lien entre l’exposition à ce matériau et les effets sur leur santé. Les industriels comme l’Etat se sont retranché derrières de fausses incertitudes scientifiques pour justifier leur négligence et ne pas faire face à leurs responsabilités. Pendant ce temps, les victimes de l’amiante faisaient face à des maladies mortelles comme le cancer de la plèvre qui s’accompagne de son lot de souffrances chroniques notamment d’invivables difficultés respiratoires.

Cet arrêt est une reconnaissance juridique de l’anxiété de milliers de salariés qui vivent, tout au long de leur vie, avec l’angoisse que les fibres cancérigènes auxquelles ils sont exposés sur leur lieu de travail, se transforment en cancer. Cet arrêt vient, en partie, soulager cette angoisse qui mine la plupart d’entre eux et ouvre la porte à la réparation de ce préjudice par des milliers de victimes de l’amiante. Elles pourront traduire en justice leur ancien employeur sur ce fondement. Cependant, ce même arrêt a refusé aux victimes de l’amiante la réparation d’un préjudice économique qui est pourtant manifeste au vu de la diminution de leurs espérances de vie et de la chute de leurs revenus. En effet, l’allocation de cessation anticipée d’activité qui leur est accordée fut un bond formidable pour que les travailleurs exposés à l’amiante puissent partir en préretraite et ne risquent plus de perdre leur vie pour la gagner. Néanmoins, à hauteur de 65% de leur salaire brut antérieur, elle n’égale pas le revenu qui était le leur avant d’arrêter de travailler. Ainsi, bon nombre de salariés choisissent, à cause de leur charge familiale, de continuer leur travail malgré les risques auxquels ils s’exposent.

La faute de l’employeur, à présent, plusieurs fois reconnus par la justice devrait entrainer systématiquement la compensation de ce préjudice économique. Les coupables, ces industriels qui ont mis en danger la santé de leurs employés en les exposant à l’amiante, doivent payer. Cette compensation pécuniaire est une nécessité pour ses familles de préretraités qui, en plus, de l’anxiété d‘une maladie potentielle sont confrontés à des fins de mois plus que difficiles.



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