Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

1er février 2007

Pour que les salariés ne perdent plus leur vie à la gagner

Trois mille morts par an, 100 000 morts annoncés d’ici 2025, et autant de familles dans la peine. Il aura fallu attendre 1997 pour que l’utilisation de l’amiante soit interdite en France, alors qu’on en connaissait les dangers depuis un siècle. Terre d’industries, le Nord figure parmi les régions les plus touchées.

Depuis des années, du littoral au Valenciennois, je partage le combat des victimes qui demandent réparation pour ce "gâchis familial et humain", comme le nomment pudiquement les Veuves de l’amiante de Dunkerque. Pour "ne plus jamais revivre ça", il faut que les responsables de cette tragédie comparaissent devant la justice afin que la sanction pénale joue à plein son rôle de contrainte et que la prévention des risques professionnels devienne enfin un droit respecté et inaliénable.

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Avec les Veuves de l’amiante de Dunkerque
devant le Palais de Justice de Lille

La condamnation en septembre dernier de la société Alstom (Stein industrie à Lys-lez-Lannoy) et de son dirigeant constitue un cas sans précédent et une victoire précieuse pour les victimes, leurs familles et l’Andeva l’association qui les soutient sans relâche. Notre mobilisation ne peut pas fléchir : bon nombre de salariés exposés à l’amiante n’ont pas encore accès aux dispositifs dérogatoires de préretraite (Allocation de Cessation Anticipée d’Activité des Travailleurs de l’Amiante) et au Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA). Soit parce que leur employeur s’oppose à l’inscription de l’entreprise à ces dispositifs ; comme la société Ponticelli sur laquelle j’ai attiré l’attention de Gérard Larcher, ministre du travail, en septembre. Soit parce que le gouvernement refuse d’intégrer l’entreprise à la liste des "sites amiantés". Pour ne citer qu’eux, les salariés d’Ascométal, ex-Usinor Dunkerque, ont vu leurs demandes de classement rejetées par deux fois, alors que 360 salariés (sur les 800) sont malades et 63 sont décédé.

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L’A.N.D.E.V.A et les Veuves de l’amiante de Dunkerque
devant le Palais de Justice de Lille

Au nom de la rigueur budgétaire, on en vient à revoir à la baisse le montant des réparations ordonné par les tribunaux. C’est inacceptable ! Je serai aux côtés des salariés qui vont témoigné de ces injustices aux côtés des victimes, lors des prochaines audiences. Au cours du débat parlementaire relatif au financement de la branche Accident du travail et maladies professionnelles, le groupe communiste du sénat a relayé leur combat et leurs revendications à travers plus de trente amendements. Ils n’ont pas été entendus. Ni pour responsabiliser financièrement les entreprises ayant exposés leurs salariés à l’amiante, ni pour améliorer la prévention.

Parce que le droit à la santé au travail est un droit fondamental, les sénateurs communistes vont déposer une proposition de loi pour que la prévention en milieu professionnel soit inscrite dans notre législation comme un principe intangible de la reconnaissance et de l’amélioration de la santé au travail.




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