Michelle Demessine

Sénatrice du Nord

14 décembre 2006

Michelle DEMESSINE réunit les salariés de l’amiante à Douchy les Mines

Amiante : un chantier inachevé Les deux rapports parlementaires sur la catastrophe sanitaire et sociale engendrée sont loin de répondre à la question essentielle des mesures à prendre pour éviter que qu’elle se renouvelle. C’est le constat fait à l’occasion d’un débat initié par la sénatrice Michelle Demessine à Douchy. Vigilance et mobilisation restent de mise.

L’amiante plus jamais ça ? Le point d’interrogation reste d’actualité après la présentation des deux rapports parlementaires - du Sénat et de l’Assemblée nationale ?- consacrés à la catastrophe sanitaire et sociale engendrée par l’usage massif de ce matériau cancérigène. C’est ce qu’a mis en évidence le débat organisé récemment [1] à Douchy-les-mines, à l’initiative de la sénatrice Michelle Demessine, auquel ont participé 400 personnes, venues du Valenciennois mais aussi de Dunkerque.

À qui profite le crime ?

Rappelant le lourd tribut payé en vies humaines par le Valenciennois, le maire de Douchy, Michel Lefebvre, souligne dès l’ouverture que les premiers combats des salariés d’Eternit portaient sur la juste réparation, mais aussi et surtout sur “ le plus jamais ça ! ” Or, aucun intervenant ne peut assurer que la tragédie ne se renouvellera pas. Le rapport de l’Assemblée Nationale n’est pas convaincant à ce sujet. Il dilue les responsabilités au point que l’on pourrait conclure à la co-responsabilité des travailleurs de l’amiante à leur maladie et à leur mort. À qui profite le crime ? Serge Dufour, responsable de la confédération CGT, rappelle que les négociations actuelles sur la branche Accident du Travail et Maladie Professionnelle de la Sécurité Sociale prennent le chemin de la déresponsabilisation des employeurs face aux risques auxquels ils exposent leurs salariés, alors même qu’ils se sont enrichis sur la mort des travailleurs de l’amiante. Ce drame ? Se reproduire ? Et pour cause, lorsque que l’on sait quelles pressions exercent les lobbies industriels pour que la directive européenne REACH sur l’évaluation de la nocivité de 30 000 produits chimiques ne s’applique pas pleinement. C’est une des raisons pour lesquelles Daniel Paul, député de Seine-Maritime, membre de la mission d’information Amiante, n’a pas souhaité voter le rapport de l’Assemblée Nationale, tout comme Michelle Demessine n’a pas voté celui du Sénat. Car, “ après le bilan, que fait-on ? ”. Telle est bien la question, posée par Pierre Pluta, membre du bureau de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (ANDEVA). Les experts présents à Douchy sont unanimes à ce sujet, les deux rapports, limités dans leurs réponses en dépit de leurs apports respectifs, ne permettront pas d’enrayer la logique qui expose de plus en plus de salariés aux conditions de travail mettant en danger leur santé.

Les conditions de travail, une question essentielle

Le docteur Grignet, pneumologue à l’hôpital de Denain, demande avec passion que la recherche sur les produits et sur les thérapeutiques adaptées soit dotée des moyens à la hauteur des enjeux humains. Il réclame à l’unisson de Pierre Pluta que ceux qui créent le risque n’aient plus la main mise sur ceux qui le contrôlent, à savoir les médecins du travail. S’il mesure le chemin parcouru grâce aux combats des victimes et des salariés, ceux du CAPER de Thiant en particulier, qu’il défend de longue date avec Me Sylvie Topaloff, Me Jean-Paul Teissonnière, avocat de l’ANDEVA, ne décolère pas à la lecture du rapport de l’Assemblée. “ L’affaire de l’amiante est un crime social issu des inégalités des rapports sociaux, elle est une conséquence tragique de la situation faite aux ouvriers dans ce pays ”, souligne l’avocat. Si le rapport n’en fait pas état, comment en tirer pleinement les conséquences, s’agissant de l’amiante bien sûr, mais aussi du plomb, du cadmium, des éthers de Glycol, des cancérogènes, des fibres céramiques réfractaires et tant d’autres [2]... Les conditions de travail sont omniprésentes dans le débat. La précarisation, les tensions sur le marché du travail, la productivité à tout va, créent les conditions d’une recrudescence des risques professionnels et de maladies qui ne disent pas leurs noms. Me Sylvie Topaloff invite à la vigilance de chacun et à la mobilisation de tous pour que le droit à la réparation intégrale et à la prévention maximale des risques professionnels soient appliqués. Le chantier est vaste, nombre de questions posées dans le débat restent en suspens. Michelle Demessine proposera que celui-ci se poursuive à l’occasion de la présentation d’une proposition de loi qu’elle élabore depuis quelques mois au Sénat. Il s’agit de laisser toute leur place à la prévention des risques ainsi qu’au respect et à l’intégrité des salariés.

PF pour Liberté hebdo

[1Le vendredi 10 mars

[2 La production de substances chimique est passée de 1 million de tonnes en 1930 pour 400 millions de tonnes aujourd’hui



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